Interview Alex Schalk
L’un des nôtres.

Interview Alex Schalk

Il est de cette caste de joueurs que les supporters de chaque club voudraient avoir dans leur équipe. Combatif, prêt à tout laisser sur la pelouse et parfois sanguin. On l’aime aussi et surtout parce qu’il nous ressemble un peu, dans le fond. Entretien avec la Bombe de Breda, Alex “Le Magnifique” Schalk.

Alex, tu commences ta troisième saison à Genève. On devrait donc pouvoir faire cette interview en francais, n’est-ce pas?

On pourrait. Je parle un peu français, mais ça sera quand plus facile pour moi en anglais!

Alors allons pour l’anglais. On va un peu rembobiner le film de ta carrière en commençant par ta jeunesse à Breda.

J’ai eu une super jeunesse. Une bonne éducation, un excellent cadre. Vraiment que du positif. J’ai été dans de bonnes écoles, j’avais plein d’amis. Après bien sûr que quand tu commences à jouer au foot et que tu es un peu plus fort que les autres c’est parfois difficile. Ça crée des jalousies. Mais c’est normal. J’ai intégré l’académie du NAC Breda à 9 ans et y ai fait toutes mes classes jusqu’à mes débuts en pro à 18 ans.

Avais-tu déjà ce caractère bien trempé?

Pas tout à fait. J’étais un peu timide quand j’étais jeune. Je n’ai jamais non plus été le meilleur joueur de l’équipe, c’est peut-être la raison pour laquelle je doutais souvent. C’est seulement vers 15-16 ans que je me suis rendu compte que j’avais les capacités pour faire une carrière professionelle. Je pense que c’est là que mon caractère a commencé à évoluer, avec la confiance.

Est-ce que tu te rappelles de ta première fois dans un stade?

Oui, je devais avoir 6 ou 7 ans, j’étais allé voir le NAC Breda avec mon père. Le stade de Breda a une capacité d’environ 20’000 personnes et est toujours plein. Il y a une grosse ambiance. J’avais mis mon équipement du club, j’étais très fan. C’était incroyable de ressentir cette atmosphère, les supporters qui poussent l’équipe. C’est de là qu’est venu mon rêve de devenir footballeur.

Quelles sont les principales différences que tu as pu constater entre la formation des jeunes en Hollande et en Suisse?

La plus évidente c’est le niveau tactique, qui est plus développé en Hollande. Beaucoup de jeu de possession, garder le ballon, jouer de l’arrière avec le gardien. On est un vrai pays de football. En Suisse les jeunes joueurs sont plus forts physiquement. Ils ont aussi plus d’endurance. Pour moi la principale différence se situe là.

Tu as joué ton premier match en pro à 18 ans. Quelles étaient tes ambitions à ce moment de ta carrière?

Tu rêves forcément en grand quand tu commences jeune en pro. Mais à ce moment-là mon seul rêve était de jouer le maximum de matchs avec Breda. J’étais vraiment concentré sur mon objectif de faire ma place en équipe première. Je jouais encore pour les moins de 19 ans et faisais une super saison quand j’ai fait mes débuts. J’ai été appelé pour le dernier match de la saison (2010-2011) et suis rentré pour les dix dernières minutes.

Le club m’a ensuite fait signer mon premier contrat pro durant l’été. Là mon objectif était de franchir des paliers, partir pour un plus grand club en Hollande. Après bien sûr que tu rêves toujours du Barça, de Chelsea ou du Bayern. Mais mon unique but était d’abord de signer à l’Ajax, qui est de loin le plus grand club du pays.

Tu as ensuite pu faire ta place lors de ta première saison en pro où tu as beaucoup été utilisé (32 matchs, 17 titularisations en championnat en 2011-2012). Ça s’est ensuite nettement moins bien passé durant les 18 mois qui ont suivi. Pourquoi?

C’est une longue histoire. J’étais un enfant du club et sortais d’une grosse saison comme tu l’as dit. D’autres équipes ont commencé à se renseigner sur moi pour m’acheter. Mais j’ai décidé de prolonger mon contrat pour 3 ans après de longues négociations. Ça se passait bien personnellement jusqu’à un changement d’entraineur au cours de la saison 2012-2013.

Je ne veux pas être négatif, mais le coach qui avait été engagé (Nebojsa Gudelj) avait recruté sept joueurs qui étaient représentés par le même agent que lui. Que pouvais-je faire? Il avait recruté deux attaquants et devait les faire jouer. Du coup comme l’horizon était bouché à Breda, j’ai demandé à partir. Quand tu as 20-21 ans tu as besoin de jouer. Et j’ai donc été prêté au PSV Eindhoven.

Ils ne voulaient pas m’acheter à ce moment-là, mais plutôt voir comment je m’adapterai. Ils m’ont engagé car il leur manquait un troisième attaquant. Ça a été le transfert parfait pour moi. Je m’entrainais avec la première équipe et jouais avec la deuxième, les M21, qui étaient en deuxième division. C’était vraiment la solution idéale. J’ai joué tous les matchs avec la seconde équipe, mais je n’ai malheureusement jamais eu de réelle chance avec la première.

Le PSV avait de grands attaquants à l’époque, je savais que ça serait difficile. J’y ai malgré tout fait six très bons mois (16 matchs en M21, 6 buts) et ai même joué deux matchs amicaux avec la première équipe à la fin de la saison. Et là le PSV m’a dit que si je pouvais venir gratuitement, ils me signeraient pour être leur troisième avant-centre. Mais encore une fois, à cet âge là il faut jouer.

Et tu as rejoint l’un de clubs au blaze le plus stylé : Go Ahead Eagles.

Oui! Le discours du coach m’avait convaincu. J’y avais signé pour deux ans, mais n’y suis resté qu’une saison. Ça a été une année compliquée, j’ai été souvent blessé. Au final je n’ai joué que 20 matchs (12 titularisations, 5 buts) et le club a été relégué. Une année à oublier rapidement.

Ça a été une période difficile. J’avais un peu le moral à zéro. Mais j’ai eu la chance que Ross County arrive et donne une nouvelle impulsion à ma carrière.

Un aventure qui a débuté à merveille, avec la victoire en Scottish League Cup 6 mois après ton arrivée. Le premier trophée majeur de l’histoire du club, avec ton but à la 90è qui assurera votre victoire (2-1 face à Hibernian). Est-ce que c’est le meilleur moment de ta carrière jusqu’à présent?

Le plus mémorable, clairement. Marquer un but en fin de match dans une finale, qui offre un titre à son équipe, c’est le rêve de chaque attaquant. Donc oui, c’est un moment vraiment important de ma carrière. En regardant en arrière, le choix d’aller en Ecosse aura été parfait.

Puis il y a eu cette controverse lors de ta deuxième saison. Ross County vs Celtic, 88è minute de la 33è journée du championnat…

J’ai fait certaines choses un peu stupides dans ma carrière. Je n’aurai pas dû faire ce plongeon contre le Celtic. C’est le genre de choses qui ne sont pas très positives pour son image. Ça nous aura permis de gagner un point crucial, mais ce n’est pas vraiment la façon dont on a envie de prendre des points à ses adversaires.

Et puis c’était contre le Celtic, l’équipe phare du pays. J’ai été suspendu deux matchs pour cette simulation. Au final on a évité le tour contre la relégation en finissant 6è. Mais c’est vraiment un moment de ma carrière dont je ne suis pas très fier.

Chris Routis me disait à quel point il avait été marqué par l’atmosphère du Celtic Park, mais avec une préférence pour Ibrox au niveau du stade. Et toi?

Ça dépend. Au niveau de l’atmosphère, Celtic Park c’est extraordinaire. C’est vraiment quelque chose de spécial. Mais au niveau du stade je préfère également Ibrox, un vieux stade à l’anglaise. Quand tu rentres dans le vestiaire d’Ibrox, avec ses murs en bois, c’est vraiment le football. J’y ai aussi marqué, c’est peut-être pour cela que je préfère ce stade.

Vous avez finalement été relégués à la fin de ta troisième et dernière année en Ecosse, qui coïncidait pourtant avec ta meilleure saison sur le plan statistique (30 matchs, 11 buts). Rejoindre le Servette alors en Challenge League n’a pas été un choix compliqué?

Non pas du tout. Ça peut sembler facile à dire aujourd’hui, mais j’ai beaucoup discuté avec le Président, le coach et évidemment Routis avant de venir. Il y avait un vrai projet pour monter en Super League, c’était l’objectif immédiat. Et pas uniquement être promu, mais monter pour jouer un rôle dans le top 5 du championnat, pas pour se battre contre la relégation. Le plan proposé m’a convaincu.

Et puis la Suisse est aussi un pays magnifique. Après près de trois ans en Ecosse il était temps pour moi de voir autre chose. Je voulais un nouveau challenge. Et depuis mon arrivée tout s’est vraiment passé d’une manière fantastique. Je viens de prolonger mon contrat de deux saisons (jusqu’en 2023). J’adore notre façon de jouer, ma copine est aussi très heureuse ici.

J’ai souvent été blessé depuis mon arrivée. Donc maintenant le plus important pour moi est de rester en forme et de jouer une saison complète. On a fait quelques modifications dans mon programme d’entrainement pour essayer d’arriver à cela.

Que connaissais-tu de la ville et du club avant de signer?

Routis m’avait raconté plein de super choses sur Genève. Dès son arrivée à Ross County il parlait régulièrement de Servette. Et évidemment que quand le club et moi avons commencé à nous rapprocher Chris m’a encore plus vendu le club. Le projet, l’organisation… J’ai été rapidement convaincu.

Tu as été l’un des chouchous du public en Ecosse. Tu l’es également ici.

Et un peu partout où je suis passé. Je crois que les supporters apprécient ma façon de jouer. Je travaille toujours à 110% pour l’équipe, pour le club. A donner tout ce que j’ai et à tout laisser sur le terrain. Ma philosophie c’est que même si je ne joue pas un super match, je ne baisse jamais les bras et je continue à travailler dur. Pour l’équipe.

Et il sera difficile de ne pas revenir sur ce Doigt de Dieu à Sion.

C’est une des ces choses dont je ne suis pas forcément très fier. Et ce n’était absolument pas prémédité ou quoi que ce soit. En sortant du tunnel on a vu la banderole des supporters valaisans (Anti-Grenats, la haine persiste), ainsi que cette animation avec un père tenant dans ses bras son fils qui faisait un doigt d’honneur.

Ça s’est vraiment passé en une fraction de seconde dans mon cerveau, en marquant mon but. Ce n’était pas très intelligent. Mais ça fait aussi partie des émotions du football. Je me suis excusé, j’ai pris mes deux matchs de suspension et la vie continue.

Vous avez repris l’entrainement la semaine passée. Ça n’a pas été trop dur de retrouver le vestiaire amputé de Chris (Routis)?

Ça a été difficile pour être honnête. J’ai joué avec lui lors des quatre dernières années. Il a fallu s’adapter à la vie sans lui dans le vestiaire. C’est un mec avec une grande personnalité et un fort caractère. C’était aussi le vice-capitaine, donc une voix qui comptait beaucoup. Il va nous manquer, il nous manque déjà, mais on se parle toujours quotidiennement.

Et il n’est heureusement pas parti très loin.

Oui il n’est pas loin. Je sais qu’il va venir voir beaucoup de nos matchs et qu’on continuera à boire régulièrement des cafés ensemble. Donc je ne me fais pas trop de souci. Mais c’est sûr qu’il a laissé un vide.

Comment vois-tu l’évolution du club depuis ton arrivée en Challenge League? On voit beaucoup d’améliorations au niveau de la communication, du marketing…

Des réseaux sociaux aussi. Ça va dans le sens du projet que le club m’avait présenté il y a deux ans. Mais effectivement il y a eu un gros travail de fait à tous les niveaux. Et ce n’est que positif, surtout pour un club comme Servette qui cherche toujours à s’améliorer.

Il n’y a qu’à voir la signature de Philippe Senderos comme Directeur sportif. C’est une étape fantastique pour le club. Avec ses connections dans le monde entier, ça va être incroyable. C’est le genre de choses qui ne peuvent que faire grandir Servette et l’aider à revenir au niveau des meilleurs en Suisse, qui est sa vraie place. C’est le plan. Le futur s’annonce vraiment bien.

J’ai lu dans une interview accordée récemment au Evening Express (journal de la région d’Aberdeen, Ecosse) que tu disais préférer la Premiership écossaise à notre Super League pour la passion des fans écossais. Qu’y a-t-il de si différent?

Je n’ai pas voulu le dire d’une manière négative. Mais c’est vraiment un pays de foot, c’est le sport numéro un. La première chose que les gens font en rentrant à la maison c’est allumer la télé pour regarder du foot. En sortant du boulot le vendredi, on enfile le maillot de son équipe pour aller voir un match.

Les écossais sont vraiment passionnés. A Genève aussi, mais ce n’est pas comparable. Regarde l’année passée, on joue le titre contre Lausanne devant plus de 20’000 personnes. Et pour la remise de la coupe lors du dernier match de la saison contre Kriens, il n’y en avait plus que 7’000. Le noyau des gens qui sont là chaque semaine, finalement.

C’est vraiment quelque chose que je n’arrive pas à comprendre. Une ville comme Genève, avec un stade pareil, on devrait avoir au minimum 10’000 personnes par match. Minimum! C’est vraiment dommage et incompréhensible dans une ville internationale comme ça. Et c’est peut-être la seule chose qui me manque vraiment.

En espérant que ça change et le club fait beaucoup pour. Par exemple la présentation du 3è maillot qui pourrait aider à amener des jeunes à venir au stade.

J’espère! Parce que le club le mérite vraiment.

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