Interview Dereck KUTESA
On l’aurait bien vu avec le maillot third.

Interview Dereck KUTESA

«Grosse récupération de Zakaria au milieu de terrain, relais avec Cespedes qui joue en une touche pour Imeri. Petit pont sur un sédunois, passe milimétrée pour Kutesa qui reprend du droit pleine lucarne et ça fait 3-0 pour les Grenat!» Dans un monde idéal, sans relégation administrative ni faillite, c’est un scénario auquel nous aurions pu avoir assisté. Dereck Kutesa est un de ses nombreux talents de la Ville que notre club aura couvé sans le voir éclore. Et dont la route repassera par la Praille sous le maillot du Stade de Reims, le 17 septembre en Europa League. Entretien avec un homme ambitieux mais réservé, dont la voix et le ton s’illuminent lorsqu’il s’agit d’évoquer le ballon rond.

Dereck, on ne te connaît finalement pas si bien que ça a Genève car tu es parti du club très tôt. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ta jeunesse et de tes débuts dans le foot?

J’ai 22 ans, je suis né et ai grandi aux Avanchets. On est une famille de footeux. Mon père jouait en Angola et mon grand-frère jouait lui à Carouge. Et moi j’ai commencé le foot à Servette à 5 ans, avec un an d’avance. Il y avait déjà Mbabu et Cespedes au club.

J’y ai fait toutes mes classes, de mes débuts à 5 ans jusqu’à l’équipe première. Et pour la petite histoire, en M12 ou M13, je ne suis plus sûr, le club avait décidé de ne pas me garder. Ils organisaient une détection de joueurs, me l’avaient fait passer et je suis tout de suite revenu.

Du coup j’ai vraiment grandi avec le club. J’y suis attaché. Et comme je te disais j’habitais à côté de Balexert, je passais tous les jours devant. Même encore aujourd’hui quand je rentre à Genève. C’est des souvenirs qui me resteront pour toujours.

Tu as donc gravi tous les échelons à Servette ainsi qu’en équipe de Suisse (jusqu’aux M21). Mais tu as commencé à percer dans un moment où le club était en grande difficulté (relégation administrative de Challenge League en Promotion League). On imagine que tu aurais fait des choix différents si le club était sain et performant comme il l’est actuellement.

Je ne serai jamais parti. Mais à mon époque, un an avant mon départ, on avait déjà perdu Maxime Dominguez, qui était parti au FC Zurich. Six mois plus tard c’est Denis Zakaria qui part à YB. C’est sûr qu’on aurait tous les trois fait des choix différents.

Après on ne jouait pas beaucoup non plus en Challenge League. Maxime un petit peu plus que nous, mais Denis et moi rentrions seulement de temps en temps en fin de match. L’équipe avait fait une bonne saison. On a été premier sur la fin, mais on a fini par craquer dans les 4-5 derniers matchs pour finir à la deuxième place, derrière Lugano. Puis il y a eu cette relégation administrative en Promotion League.

J’ai hésité à partir à ce moment-là, comme Denis. Mais je suis finalement parti au FC Bâle en janvier 2016 après avoir joué le premier tour du championnat. YB me voulait aussi, j’avais le choix entre les deux.

Est-ce que la marche n’était pas trop haute à ce moment de ta carrière? Parce que tu n’as jamais vraiment eu ta chance à Bâle.

Peut-être. Mais je suis passé par des périodes, entre Bâle et mon prêt à Lucerne, que je n’aurai pas pu vivre ailleurs. J’ai beaucoup appris, plus que si j’étais resté à Servette à l’époque. Je suis devenu un autre joueur et un autre homme.

Tu as finalement réellement explosé il y a deux saisons quand tu es parti à St Gall.

Oui, vraiment. En fait, quand mon prêt à Lucerne s’est terminé, il me restait encore un ou deux ans de contrat avec Bâle. Et là ils me disent qu’ils songent à me prêter en Challenge League cette fois, comme ça ne s’était pas très bien passé à Lucerne. Le Lausanne Sport était intéressé.

Je ne voulais pas descendre en Challenge League. Du coup mon agent et mon père ont commencé à chercher des clubs qui pourraient être intéressés par mon profil. Et ils ont réussi à m’avoir un test à St Gall. C’est passé tout de suite et j’ai très rapidement signé mon contrat.

C’était la première saison de Peter Zeidler sur le banc des Brodeurs (2018-2019). Est-ce que vous sentiez déjà que quelque chose de fort était entrain de se créer?

Bien sûr. Ils avaient changé quasiment la moitié de l’équipe. Des joueurs qui sont bien en place aujourd’hui sont arrivés en test comme moi. Jordi Quintilla et Victor Ruiz par exemple. On a fini sixième, mais on sentait qu’il y avait quelque chose qui pouvait se faire avec cette équipe.

J’ai joué les 4 premiers matchs de la saison passée. Et je me suis dit que même si je partais, cette équipe pouvait vraiment réaliser quelque chose de grand. Au final on a tous vu la saison qu’ils ont fait (2è derrière YB en ayant été longtemps 1er), c’était magnifique.

Et Reims est donc arrivé. Est-ce que ça a vraiment été un gros pas en avant par rapport à la Suisse, après avoir quand même connu St Gall et surtout Bâle?

Clairement, déjà au niveau des infrastructures. Il me semble qu’on a le deuxième ou troisième plus grand centre d’entrainement en France. Et après le niveau du championnat il n’y a vraiment pas à discuter non plus. L’impact physique, ça court partout et beaucoup plus.

On a aussi l’impression que tu commences à bien prendre tes marques et à t’y sentir de plus en plus à l’aise.

Oui. On va dire que la saison passée était un peu une saison d’adaptation (14m, 1but). Je suis aussi arrivé à la 3è journée du championnat, je n’avais donc pas fait la préparation ou même de matchs amicaux avec l’équipe. Mais j’ai pu tout faire cette année et je me sens vraiment de mieux en mieux.

Quelle a été ta réaction quand tu as appris que vous pourriez tirer Servette Au 2è tour qualificatif d’Europa League?

Je l’ai su seulement quelques heures avant le tirage au sort. Et ça a été un sentiment mitigé quand j’ai appris qu’on se retrouverait. C’est sûr que je suis content de revenir jouer à La Praille. Kastriot Imeri et Boris Cespedes sont des potes. Et d’un autre côté justement Servette est en forme. C’était le pire tirage possible.

Comment abordez-vous ce match? Est-ce que l’Europa League est un objectif pour le club?

On entend vraiment jouer ce match comme une finale. Le club n’a pas connu l’Europe depuis très longtemps (57 ans!), c’est notre retour et on ne veut pas le rater. Et c’est sur un seul match, donc on va tout donner. On va jouer à fond.

Quel est le dernier match de Servette que tu as vu?

Je ne pourrais même pas te dire. Ça fait vraiment longtemps.

Ce n’est donc pas toi qui ira donner des infos à votre staff.

Non, pas vraiment!

Est-ce que tu as quand même toujours continué à suivre les résultats du club après ton départ?

Oui, surtout au début. Il y avait toujours les potes donc c’était aussi autre chose, je regardais les matchs. Moins par la suite, par contre j’ai toujours suivi les résultats. Toujours.

Tu as déjà connu 5 clubs à 22 ans. Est-ce qu’il y aura bientôt un sixième ou est-ce que tu comptes te poser à Reims?

Je prends ce que Dieu me donne. C’est déjà une bénédiction d’être là. Après c’est clair que je veux plus, mais tout vient avec le temps et le travail.

Tu as connu toutes les sélections de jeunes en équipe de Suisse et est d’origine angolaise. Est-ce que la sélection t’a déjà contacté?

Non jamais. Aucun contact. Et mon objectif est vraiment l’équipe de Suisse. Après si un jour je me rends compte qu’il n’y a pas de place pour moi je jouerai volontiers pour l’Angola. Mais comme je te dis ils ne m’ont jamais contacté et ma priorité est la Suisse.

Quels sont tes objectifs pour ta saison et la suite de ta carrière?

Marquer beaucoup de buts et qu’on se qualifie en phase de poules d’Europa League. Et jouer l’Euro 2021 avec la Suisse!

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