Interview Jung-bin Park
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Interview Jung-bin Park

Il aura été l’étoile filante de notre saison de retour en Super League : personne ne l’avait vu arriver et beaucoup regrettent de ne pas avoir pu l’admirer plus longtemps. Interview avec Jung Bin Park, aujourd’hui de retour dans sa Corée du Sud natale, au FC Seoul.

Tu es arrivé en Europe jeune, à 16 ans. Comment s’est déroulée ton arrivée?

Je jouais à l’époque au Jeonnam Dragons FC dans la ville de Gwangyang, située à environ 2h de chez moi à Busan. J’ai fait toutes mes classes dans ce club qui m’a permis de beaucoup progresser et qui m’a donné la chance d’aller faire un essai en Europe alors que j’e n’avais que 16 ans. D’abord à Salzburg, puis à Wolfsburg dont j’ai rejoint le centre de formation en 2010.

Quelle est la place du football en Corée du Sud?

Lorsqu’il est question de l’équipe nationale c’est clairement le sport numéro un. Mais au niveau des championnats les coréens suivent plus le baseball.

Tu arrives donc à Wolfsburg à l’été 2010. Quels souvenirs gardes-tu des tes années allemandes ?

Les débuts ont été difficiles. Je ne parlais pas la langue et découvrais une culture totalement différente. Ça a donc été compliqué, mais j’ai ensuite réussi à bien m’adapter, jusqu’à accéder à la deuxième équipe de Wolfsburg en Regionalliga Nord en 2012. Au mercato d’hiver, Greuter Fürth, qui évoluait alors en Bundesliga mais était déjà pratiquement relégué, m’a signé en prêt pour 6 mois. J’y ai fait mes débuts dès mon arrivée contre le Bayern Munich (17 janvier 2013, entré à la 90è, défaite 2-0).

Je suis ensuite retourné à Wolfsburg à l’été 2013 après la relégation de Greuter Fürth. Wolfsburg ne comptait pas sur moi et j’ai signé pour trois ans avec Karlrsuhe, en 2. Bundesliga. J’y ai passé deux saisons compliquées (16 matchs au total), sans jamais vraiment avoir ma chance. J’ai donc décidé de quitter le club avant la fin de mon contrat. Il fallait que je joue, peu importe où.

Et là tu trouves de l’embauche en première division danoise, à Hobro.

Oui d’abord à Hobro durant une saison où j’ai eu l’occasion de me montrer malgré notre relégation (23 matchs, 2 buts, 2 passes). Je suis ensuite parti à Viborg, toujours en première division danoise où je fais encore un bon championnat, malgré une nouvelle relégation. Et je me fais les ligaments croisés au début de la saison 2017-2018, en juillet, alors que j’avais plusieurs offres de transfert intéressantes.

Ça a été des moments difficiles, ça m’a pris du temps pour revenir à mon meilleur niveau. J’ai passé toute la saison sans jouer. Je suis revenu la saison suivante et suis resté jusqu’à la fin de mon contrat avec Viborg à l’été 2019. J’ai reçu des offres d’autres clubs en Scandinavie, mais je voulais aller dans un meilleur championnat, même si je devais passer par des essais.

Chemin que tu as d’ailleurs emprunté, d’abord à Troyes en Ligue 2, puis à Nîmes en Ligue 1 où tu avais failli signer. Pourquoi est-ce que ça n’a pas marché?

Mon essai à Troyes avait été positif, mais on n’avait pas pu se mettre d’accord sur le contrat. Concernant Nîmes, le club était très intéressé. Mais comme tu le sais il y a des choses qu’on ne contrôle pas dans le football. Le directeur sportif du club (Laurent Boissier) avait quitté ses fonctions avant mon arrivée, et j’avais convaincu le coach Bernard Blaquart durant mes trois premiers matchs amicaux disputés.

On s’était mis d’accord avec le club sur les termes du contrat. Puis il y a eu le dernier match de pré-saison, à la suite duquel Boissier revient finalement au club et décide de ne pas me conserver, contre l’avis du coach. Mais on ne m’avait rien dit, on m’a juste demandé de patienter, en me disant que tout allait être réglé et que je signerai rapidement. On était à la fin du mercato et ils ne m’ont donc finalement pas engagé.

Tu te retrouves sans club au début de la saison 2019-2020, jusqu’à ce que le Servette te propose un contrat.

Oui, j’ai été sans contrat durant près de cinq mois au total, jusqu’à cette opportunité à Genève. J’avais aussi des offres en Corée, mais j’ai choisi de rester en Europe. Je me suis bien entrainé dès le départ avec Servette, j’ai rapidement fait mes preuves et je pense avoir bien joué et apporté quelque chose à chaque match disputé.

Pourquoi ne pas être resté plus longtemps à Genève, alors que tout te réussissait? On dit que tu ne voulais pas qu’une clause de ton contrat stipulant qu’il serait automatiquement renouvelé après 12 matchs joués soit levée, afin de pouvoir partir libre dans un plus grand club…

Oh non ce n’est pas vrai du tout. Après il est évident que chaque joueur à envie de goûter au plus haut niveau et aux meilleurs championnats. Je suis ambitieux. Le championnat suisse est aussi un bon endroit pour se faire remarquer, et il y a rapidement eu de l’intérêt des tops clubs suisses.

Mais je voulais rester plus que n’importe qui dans cette équipe. J’ai adoré Genève, la ville, le club et l’entraineur. Et j’avais ce feeling que ça pouvait être un club dans lequel je me serai épanoui durant plusieurs années. Les supporters et le stade étaient fantastiques, on sent qu’il y a une très grande histoire même si ça a été plus compliqué récemment. Servette devrait être dans le top 3 chaque saison.

Mais malheureusement les conditions du contrat proposé par le club n’étaient pas acceptables. Je serai évidemment rester avec une meilleure offre et en étant considéré comme l’un des joueurs importants de l’équipe. Mais je n’ai pas ressenti cette confiance de la part du club.

Et tu es donc aujourd’hui de retour au pays, au FC Séoul, après un essai infructueux à Ajaccio (Ligue 2). Que s’est-il passé entre ton essai en Corse et ta signature en Corée?

J’ai été blessé au genou et arrêté durant près de trois mois. Je trainais cette blessure depuis longtemps et malgré mes bonnes performances lors de mon essai à Ajaccio, qui souhaitait me signer, j’ai décidé de rentrer pour soigner mon genou.

Mais j’ai la chance d’avoir pu signer avec le FC Séoul, qui n’est pas seulement l’un des plus grands clubs de Corée, mais également l’un des plus grands d’Asie. La saison passée n’a pas été la meilleure (9è sur 12) mais le potentiel est vraiment énorme. Séoul est une ville de plus de dix millions d’habitants, le marché est donc incomparable avec la Suisse.

Mon objectif premier était évidemment de rester en Europe, mais avec cette blessure revenir chez moi était la meilleure décision. Parler sa propre langue tous les jours et avec tout le monde c’est un plaisir. J’ai été nostalgique de mon pays durant ces dix années passées en Europe et surtout lors des deux dernières. Être sans contrat pendant si longtemps aura vraiment été une expérience compliquée, d’autant plus que je suis marié. C’est une autre responsabilité.

Tu vis à 27 ans ta première expérience professionnelle dans ton pays. Quelles sont tes attentes?

Le premier objectif était de revenir en forme, ce qui est maintenant le cas. Ensuite comme je te disais mon pays m’a énormément manqué et ça me fait juste du bien d’être de retour chez moi et j’espère bien sûr apporter un maximum à mon club et faire une bonne saison.

Le championnat coréen n’est pas évident non plus. Des joueurs qui ont évolué dans de grands championnats européens ont eu des difficultés en arrivant ici. Notre jeu est vraiment très rapide et technique.

Espères-tu un jour revenir jouer en Europe?

Ce n’est pas vraiment une chose à laquelle je pense. Je suis concentré sur le FC Seoul. Et puis je n’ai pas vraiment envie de penser au futur parce que rien ne se passe jamais comme je le prévois. J’ai beaucoup appris et acquis de l’expérience dans mon passage à Genève et je n’ai pas envie de me projeter. Mon objectif est de reprendre du plaisir avec mon équipe et mes coéquipiers.

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