Interview Loïc Lüscher et Maxime Reymond
Maxime Reymond, Social Media Producer et Loïc Lüscher, Responsable de la communication du club. Photos : Nabil Kacem

Interview Loïc Lüscher et Maxime Reymond

Au-delà des rectangles verts, si il est bien un autre endroit ou le Servette FC réussit, ce sont les réseaux sociaux. Entre vidéos qui font le buzz et tweets bien sentis, le Service communication est devenu aujourd’hui une (la?) référence au niveau national. Rencontre avec ceux qui sont le Servette FC sur la toile, Loïc Lüscher et Maxime Reymond.

Quel est votre premier souvenir dans un stade de foot et quelle était votre relation au club avant de le rejoindre professionnellement?

Loïc : Ma première fois au stade c’était lors de la saison 1995-1996, un Servette-YB aux Charmilles qui avait fini 0-0. Je ne me rappelle de rien si ce n’est d’avoir surtout regardé les tribunes. J’avais 5 ans, c’est mon tout premier souvenir au stade.

Le foot a toujours été ma plus grande passion dans la vie en général, et le Servette en particulier. Et j’ai toujours eu l’objectif de faire de cette passion mon métier. J’avais contacté le club pour avoir accès à des archives pour mon travail de Master à l’Université de Lausanne et c’est à ce moment-là que j’ai proposé mes services pour le rejoindre bénévolement. J’ai commencé en aidant sur les points presse les veilles de matchs, en écrivant des petits articles pour le site. Quand tu es un supporter du club et que tu peux aller dans les coulisses, c’est incroyable.

Maxime : Mon premier match au stade était pour l’ouverture de La Praille, contre YB. J’y suis allé avec mon parrain et je stressais parce qu’on entendait le speaker depuis l’extérieur du stade. Je pensais que le match avait déjà commencé depuis longtemps!

Je ne connaissais pas grand chose du club avant de rejoindre l’Académie de 11 à 16 ans. J’allais du coup régulièrement aux matchs. Puis je me suis fait virer à 16 ans et j’ai un peu lâché. J’ai ensuite recommencé à suivre le club durant la saison 17-18. Je vivais alors à Marseille et j’ai vraiment repris par pure fierté. J’ai repris goût à ce moment-là.

Maxime tu es Social Media Producer au club, un poste qui peut paraître un peu vague pour certains. Quel est ton cahier des charges?

Maxime : Pas mal de choses. Je suis créateur de contenu et j’ai aussi tout un aspect community management, donc purement réseaux sociaux, qu’on se partage avec Loïc durant la semaine. Sur les matchs par contre je m’occupe des réseaux sociaux, Loïc du site web et de la presse.

On créé également toute la ligne éditoriale. Tout ce qui est concept vidéos, concept des maillots, marketing. Il y a aussi tout le côté vente de sponsor sur le digital, où j’aide un peu le service partenariats. Je suis aussi chargé de toute l’analyse des performances de nos contenus que l’on publie sur les réseaux sociaux.

Enfin, je m’occupe de la presse et de toute la communication de l’équipe féminine. Je les suis d’ailleurs sur chaque déplacements, comme pour les garçons.

Donc pour les vidéos par exemple, tu proposes tes idées et Alexandre Chac (photographe/vidéaste du club) réalise?

Maxime : Oui en gros c’est ça. Je propose des idées en m’inspirant parfois de ce que certains autres clubs ou rappeurs ont fait. On regarde si c’est réalisable techniquement, selon nos moyens. J’assiste ensuite Alexandre sur le tournage. Puis il monte une première version, qu’on modifie si on estime qu’il faut le faire.

Et toi Loïc tu es le Responsable de la communication du club. Quelle est ta ligne directrice et qui est-ce qui la fixe?

Loïc : La ligne directrice générale du club depuis environ deux ans et l’arrivée de Maxime est de ré-encrer le club au milieu de la ville. Rendre à nouveau les genevois fiers d’avoir un club dans l’élite qui marche bien. C’est moi qui dit oui ou non à la fin, mais on n’est pas dans une organisation très verticale. Je ne suis pas là pour brimer Maxime ou Alexandre. Ils ont un esprit hyper créatif qu’il faut développer.

Il y a aussi la mise en avant de nos jeunes footballeurs, à travers le hasthag #NotreVilleNotreClub et sa déclinaison #NotreVilleNosTalents. Parce qu’on est un club formateur, et que la volonté du club est d’avoir des jeunes de la formation genevoise sur le terrain. Et ce hashtag c’est aussi pour nos artistes locaux que ce soit des musiciens, ou peut-être des graffeurs dans le futur. Tout ce qui touche à l’art, et le foot en est d’ailleurs une forme. Ça se mélange très bien avec d’autres styles de cultures et en ce moment c’est vrai que le foot et le rap sont deux milieux très proches.

Loïc tu as été supporter du club, tu as même fait quelques déplacements. As-tu eu une période ultra?

Loïc : Je n’ai pas eu de période ultra, je n’ai jamais été carté à la Section Grenat. Mais c’est vrai que j’ai pas mal bougé surtout lors de la saison 2010-2011, avant qu’on remonte en Super League. J’avais déjà fait plus ou moins tous les stades de Suisse avant de commencer à travailler au club, c’était vraiment une passion.

Comment vis-tu les matchs aujourd’hui en ayant un rôle officiel?

Loïc : Il faut se contenir. C’était dur au début, j’ai souvent pété les plombs, du coup j’allais me cacher dans la zone mixte. Mais avec les années, malheureusement j’ai envie de dire, on est obligé de prendre du recul. Et c’est là où j’ai peut-être un peu plus d’expérience que Maxime ou Alexandre qui ont parfois moins bien vécu certaines défaites que moi la saison passée. Donc voilà, on est des professionnels de l’industrie du foot. On doit apprendre, malheureusement encore une fois, à restreindre nos émotions.

Mais je reste évidemment un grand supporter du club. Jacques-Henry Eyraud, l’ancien Président de l’Olympique de Marseille, avait déclaré une fois qu’il ne voulait pas de supporters du club dans l’administration et c’est vrai qu’au Servette on a une vision opposée. Il n’y a rien de tel que d’avoir des passionnés pour comprendre la communauté ou parler aux supporters. Même si c’est vrai qu’on est du coup plus démoralisés après une défaite 4-1 à domicile contre Lausanne que si on n’en avait rien à faire.

C’est ce qui fait vivre un club et au Servette on a vraiment des passionnés partout. On a Richard Feuz (Directeur administratif) qui est également un grand supporter du club. Dans les dirigeants, Philippe Senderos, Massimo Lombardo à l’Académie, Pascal Besnard à la Présidence ont tous porté ce maillot et ont le grenat qui leur colle à la peau. Il y a quelque chose d’un peu mythique avec ce club que j’ai de la peine à expliquer. C’est un club à part en Suisse et même en Europe.

Vous contrôlez beaucoup les interviews des joueurs et ce qui sort dans la presse. Vous relisez par exemple toutes les interviews de joueurs publiées sur UnHuitNeufZero avant leur publication. Pourquoi ce contrôle strict?

Loïc : Parce que c’est la marque des grands clubs. C’est quelque chose qu’on a mis en place comme pour les conférences de presse d’avant ou d’après match où je suis toujours présent aux côtés des joueurs. Ça fait partie des choses qui ont été décidées à l’arrivée de la Fondation 1890 en 2015.

Et concernant les interviews, ce n’est pas du tout une manière de vouloir censurer comme certains peuvent penser. Avec le Covid, comme les contacts ne se font plus en présentiel, c’est un moyen d’être à l’interview sans l’être vraiment. Et c’est même d’ailleurs souvent les joueurs qui demandent à ce que les interviews soient relues avant leur publication.

L’un des reproches qu’on entend parfois est le manque de communication du club sur nos joueurs blessés, que ce soit concernant leur indisponibilité ou la nature de leur blessure.

Loïc : Alors ça dépend. On annonce les grosses blessures comme pour Boubacar Fofana qui va en avoir entre six et neuf mois pour revenir. Après annoncer que Schalk a une contusion au tibia ou qu’Anthony Sauthier a mal au doigt de pied ne sert à rien. Et ça donne des indications aux adversaires. On préfère qu’ils ne sachent qu’une heure et demie avant le match qui sera disponible chez nous.

On n’a pas envie non plus que les équipes adverses soient au courant de certains pépins et viennent taper là où ça pourrait faire mal, même si le vice est moins poussé au foot qu’au hockey. Si on annonce dans la semaine que Vincent Sasso a une douleur à la cheville gauche et qu’on l’aligne le week-end, les joueurs de l’équipe adverse auront peut-être plus tendance à laisser traîner leurs crampons sur sa cheville gauche plutôt que la droite. Après j’espère que personne ne pousse le vice à ce point-là, et mon propos n’est pas de dire que les clubs adverses ou que nous le faisons. Mais on préfère rester le plus vague possible sur ce genre de cas.

On va maintenant revenir sur un des sujets qui fait débat en ce moment : le troisième maillot. Comment s’est faite sa conception?

Loïc : On a décidé de refaire un troisième maillot suite au succès du noir la saison passée. Concernant le choix de la couleur, c’est une décision du club. Le responsable du merchandising et de la boutique a fait une pré-sélection, puis nous nous sommes réunis et on a tranché.

Il faut savoir aussi qu’on n’est pas un club qui vend 25’000 maillots par saison. Ce qui réduit nos choix au catalogue Puma. Là où on a un peu de latitude c’est qu’on travaille avec un floqueur-sérigraphe à Genève et qu’on peut amener quelques personnalisations. Comme les motifs qu’on peut voir sur le bas du nouveau troisième maillot. C’est du flocage qu’on a ajouté, comme les bandes sur le côté du maillot grenat de la saison passée.

Tout ces flocages sont fait à Genève, c’est donc une logistique assez importante. On reçoit les maillots vierges du catalogue Puma, on brode les logos, on fait floquer les pubs et les motifs et ensuite ils partent à la première équipe et à la boutique.

Cette année en plus on n’est pas aidé par Puma qui a des problèmes de livraisons. Par exemple lors du match amical contre le Dynamo Kiev on n’avait reçu qu’un maillot grenat par joueur. Maintenant ce problème est réglé mais j’ai parfois l’impression que les supporters pensent qu’on est Zalando, qu’on est soixante derrière et que leur colis part en 24 heures. On tend à être le plus professionnels possible à ce niveau-là, mais on a des contraintes que les gens ne peuvent pas forcément imaginer.

Aurais-tu quelques infos sur le maillot extérieur à nous donner? On sait pour le moment uniquement qu’il sera blanc et avec le logo des années 90…

Loïc : On ne peut pas en dire plus pour l’instant. Là aussi on aurait voulu le sortir avant, mais on a des problèmes de livraison. On espère l’avoir la semaine prochaine.

(Interview a été réalisée le 15 juillet).

Qu’est-ce qu’il faudrait pour que le club n’aie plus uniquement accès au catalogue Puma?

Loïc : Il faut commander au minimum 5’000 pièces pour un seul jeu de maillots. Si on voulait avoir un maillot grenat personnalisé, il faudrait donc qu’on aie la certitude de pouvoir en vendre 5’000. Sachant que c’est ce qu’on a vendu en tout la saison passée, sur 5 maillots différents : le grenat, le blanc, le noir, le Copa Placette et celui des 130 ans.

On n’est donc pas encore à ce niveau-là et on va devoir continuer de se contenter des catalogues. Mais d’un autre côté ça nous oblige à être créatifs et à trouver des solutions pour personnaliser nos maillots. Comme le patch qu’on a ajouté cette saison sur le maillot grenat.

Vous êtes présents à tous les matchs, que ce soit à domicile, à l’extérieur ou même les amicaux. Comment jonglez-vous entre votre vie personnelle et ce rythme de vie qui vous prend souvent vos week-end?

Loïc : Pour Maxime ça devient un peu compliqué là, mais Alexandre adore ça. Surtout les féminines. Même un vieux match amical contre le FC Sion à Crans-Montana un week-end, il y va. Mais c’est vrai que c’est fatigant.

Maxime : C’était plus facile durant les 6 mois du Covid où tout était fermé. Là on allait vraiment à tous les matchs, des filles comme des garçons. Maintenant que la vie commence à reprendre c’est vrai que c’est plus difficile de faire deux matchs par week-end. Je vais d’ailleurs arrêter de faire les déplacements pour l’équipe féminine cette saison.

Loïc : Faire une saison à fond comme la saison passée nous a un peu cramés. Alex et Maxime étaient parfois le samedi à St. Gall pour les filles et le dimanche à Lugano pour les garçons. Il nous faut trouver des solutions si on a envie de les garder longtemps au club sans qu’ils explosent. Raison pour laquelle on va engager un autre photographe pour les matchs de l’équipe féminine et essayer de trouver un ou une stagiaire pour les suivre et faire leur communication.

Qu’est-ce que l’arrivée d’un joueur comme Gaël Clichy a pu changer au niveau de la communication ou des sollicitations de la presse?

Loïc : Il est vraiment très sollicité et il n’accepte pas tout, contrairement parfois à nos footballeurs de la région qui répondent beaucoup plus facilement aux médias locaux. Mais Gaël, qui a connu le très haut niveau est vraiment regardant et professionnel dans son rapport avec les médias. Il demande toujours les questions à l’avance et au final il n’accepte que ce qui lui plaît.

Maxime : Il y a aussi beaucoup d’engagements sur les publications avec Gaël Clichy sur les réseaux sociaux. Et de manière plus générale on voit que ça apporte une certaine crédibilité à l’image du club. C’est aussi un bon appui pour les campagnes de publicité, comme celle qu’on a sorti pour le maillot orange. C’est tout de suite beaucoup plus impactant de l’avoir dans ce genre de vidéos.

Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle saison?

Loïc : Les objectifs pour l’année ont été fixés début 2021 et on les a déjà pratiquement tous remplis. On a par exemple passé la barre des 100’000 followers sur nos différentes plateformes. On est le troisième club suisse en terme d’engagements sur les réseaux sociaux derrière YB et Bâle.

Maintenant on travaille encore pour élargir notre réseau d’influenceurs. On a par exemple eu une photo de Clint Capela avant la demie finale de Coupe contre St. Gall. Ce sont des choses qui se travaillent très en avance et dont on ne sait jamais le résultat. On a encore quelques cibles potentielles qu’on aimerait toucher, mais on a pas toujours le réseau pour les atteindre.

Maxime, comment t’est venue l’idée de la vidéo de présentation de Ronny Rodelin, dernier buzz en date de votre équipe?

Maxime : On l’a faite la veille de son arrivée et on n’avait vraiment pas d’idées. Après on consomme tellement de contenu qu’on garde toujours certaines choses en tête. On s’est baladé sur internet et on s’est dit qu’on allait faire une vidéo avec des memes. J’ai proposé le squelette à Alexandre avec les memes que je trouvais bien et on l’a montée en une demi-journée. Au final on n’a eu besoin de Rodelin que 4 minutes pour faire quelques plans avec le maillot. On est vraiment parti de rien, comme quoi parfois des projets qui ne sont pas réfléchis des semaines à l’avance peuvent avoir un bon résultat.

Avec donc, encore une fois, un nouveau buzz sur la toile.

Maxime : Oui et quand tu vois que des médias comme SoFoot en font des articles ça prouve qu’on a est dans le juste. On a souvent ce ton second degré qu’on peut se permettre ici et pas dans un club comme l’OM. Notre fanbase est plus restreinte donc on peut se permettre plus de choses.


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