Interview Sébastien Wüthrich

Interview Sébastien Wüthrich

Il aura tout connu. La réussite précoce, les galères, les succès. Les mauvais choix et ceux plus judicieux. Sébastien Wüthrich fait partie de cette catégorie de joueurs qui ne laissent personne indifférent. Beaucoup auront loué sa classe balle au pied, sa patte gauche, son côté imprévisible de numéro 10. D’autres (il en faut aussi), retiendront une certaine nonchalance et un manque de travail défensif. Grand artisan du renouveau de notre club, il nous aura accordé une heure d’entretien sans concession entre déceptions, reconnaissance et amour du beau jeu.

Tu es né et tu as grandi au Locle. Est-ce que tu peux revenir un peu sur ton enfance jusqu’à ton départ pour Xamax?

Je veux pas dire que j’ai eu une enfance aisée, mais mes parents n’ont jamais eu de problèmes. Ils m’ont très bien éduqué et toujours soutenu dans le foot. On a commencé le foot au Locle, avec mon frère, on a fait toutes nos classes ensemble. On a aussi eu la chance que nos parents achètent une maison avec un jardin. Du coup on s’entrainait tout le temps.

Mais depuis tout petit nos parents nous ont fait faire beaucoup de sports. J’ai fait du unihockey, du foot, de l’athlétisme. Et quand on a dû faire un choix, parce qu’à un moment quand tu montes tu es obligé, ça a été le foot.

Tu supportais une équipe?

Pas vraiment. J’ai toujours aimé le foot mais je n’ai jamais été supporter d’une équipe.

Ta première fois dans un stade?

C’était à Sochaux. Un Sochaux-PSG, quand Ronaldinho jouait à Paris. Mais il n’avait pas joué ce match. Et après je suis quand même allé voir Xamax de temps en temps à l’ancienne Maladière. Il y avait du monde et c’était une autre atmosphère que la Maladière actuelle. Après bien sur que ça m’a plu, mais je suis jamais devenu un fan. Je regarde tous les matchs à la télé, mais je n’ai jamais vraiment ressenti le besoin de venir dans un stade pour vivre le match.

Tu as intégré les équipes de jeunes de Xamax en 2002.

Oui, mon frère et moi avions été détecté par Xamax. J’avais douze ans. J’y ai fait toutes mes classes jusqu’en moins de 16. Et là j’avais un entraineur qui me faisait jouer les matchs des moins de 16 et ceux des moins de 18. Donc parfois deux matchs par week-end. Et une fois j’ai eu la chance d’être là au bon moment. Ce week-end là on avait un match avec les moins de 18 à Bellinzone. Donc retour après le match en bus le samedi, 5h de route. Et le dimanche on me dit d’aller jouer avec les moins de 21. Ils jouaient à Colombier, si je me souviens bien. C’était en 2è Ligue inter.

Gérard Castella, qui était entraineur de la première équipe à l’époque, était présent ce jour-là. On faisait 1-1. Je rentre en jeu à la 80è et je mets une grosse frappe de 25 mètres, du gauche dans la lucarne. De retour au vestiaire, Castella vient me voir. Il me demande quel est mon emploi du temps avec l’école et me dit qu’il aimerait que je vienne m’entrainer avec la première équipe. J’avais 16 ans, j’étais encore au Lycée à Neuchâtel. Mes parents voulaient absolument que j’aie un diplôme avant d’arrêter l’école. D’un autre côté, ils étaient aussi vraiment derrière moi pour le foot. Ils ont compris que c’est ce que je voulais. Et il n’y avait pas de sport-étude à l’époque à Neuchâtel, j’ai donc arrêté l’école et signé mon premier contrat pro.

A ce moment-là, est-ce que tu penses à un plan B? Est-ce que tu n’as jamais eu peur de ne pas percer?

Non. Je n’y pense pas du tout. Mon rêve a toujours été d’être professionnel. Je ne voulais pas uniquement m’arrêter à la signature d’un premier contrat. Un sportif a toujours besoin de se fixer des objectifs. Je voulais m’imposer en équipe première et jouer un jour dans un grand championnat. Le sport-étude à Neuchâtel a commencé un an après que j’aie intégré l’équipe première. Mais quand tu as déjà goûté au monde pro à cet âge-là, c’est dur de reprendre les études.

Mais j’ai appris à mes 18 ans que le contrat que j’avais signé n’était pas valable. Xamax m’avait fait signer un contrat de 5 ans, ce qui est interdit pour un mineur, mais je ne l’ai appris qu’à mes 18 ans. J’ai été intégré à 100% à la première équipe à 16 ans et ai disputé mon premier match en Super League à 17 ans. Je me suis vite imposé comme titulaire. Et là du coup à 18 ans, j’avais déjà pas mal de matchs au compteur et j’ai pu renégocier mon contrat, vu qu’il n’était plus valable. Et je suis resté à Xamax jusqu’à la faillite.

On va revenir sur cette faillite. Vous aviez vite senti que ça ne tournerait pas rond avec Chagaev?

La première fois qu’on le rencontre, c’est à la mi-temps de la finale de Coupe de Suisse contre Sion, à Bâle. On est mené 2-0. Il entre dans le vestiaire, pousse notre gardien (Jean-François Bédénik) qui avait fait une erreur sur le 1-0. Et il commence à hurler en tchétchène avec son traducteur à côté de lui. C’était vraiment pas beau à voir. On a aussi appris qu’il avait complètement détruit sa loge au stade pendant le match.

Il a promis beaucoup de choses donc d’un autre côté on avait quand même un peu d’espoir. Des joueurs intéressants du championnat espagnol sont arrivés, un entraineur espagnol. Il y avait vraiment une structure comme on en n’avait jamais eue avant à Xamax. J’ai aussi beaucoup appris pendant cette période.

C’est une fin qui a été vraiment compliquée, surtout que l’équipe jouait bien. Mais à la fin on sentait que la faillite pourrait tomber du jour au lendemain. On l’a appris pendant qu’on était en camp d’entraînement à Dubaï. C’était un peu mon club de coeur, et de le voir s’effondrer comme ça de l’intérieur a été dur. Mais ma carrière a aussi vraiment commencé à prendre de l’ampleur à ce moment-là. J’ai vu le nombre d’équipes qui me voulaient. C’est là aussi où ça devient compliqué en tant que footballeur. Il faut faire les bons choix. Il y avait des clubs de Serie A qui étaient intéressés, Villareal, vraiment des bons clubs.

Et tu signes finalement à Sion.

Parce que je ne voulais pas non plus aller trop vite. Castella m’a toujours suivi et il était entraineur en équipe nationale chez les jeunes à l’époque. Il m’a aussi conseillé d’y aller étape par étape, de d’abord rejoindre une meilleure équipe de Super League avant de viser l’étranger. Et Sion venait de gagner la Coupe, ils étaient pas mal aussi en championnat. Ca convenait bien à mon plan de carrière. Et après 6 mois, alors que l’équipe tournait bien on nous annonce qu’on a 36 points en moins à cause de défauts sur les transferts. L’entraineur, Laurent Roussey, avec qui ça se passait super bien aussi démissionne. Et là j’ai connu une belle vague d’entraineurs, dix en une année!

C’est compliqué pour un joueur de s’imposer quand un entraineur arrive. Tout entraineur a une philosophie différente. Apprécie des types de joueurs différents. C’est le gros problème de Sion. Pour un joueur c’est difficile d’y avoir une réelle continuité. Du coup j’étais un peu perdu, je jouais une fois sur deux, c’était compliqué dans cette situation.

Et tu as eu l’opportunité de partir à Saint Gall en prêt, en février 2013.

J’ai vraiment pu revivre. Et c’est là où tu vois la différence entre les clubs romands et les clubs suisses allemands. Beaucoup plus carré, beaucoup plus structuré. Et à tous les niveaux. Tu sens que t’es un footballeur. Après Genève est une grande ville, on peut pas comparer à Saint Gall. C’est pas dans le foot que tu fais de l’argent ici. Mais à Saint Gall tu sors dans la rue on t’offre le café. Ils vivent beaucoup plus pour le foot et leur club, même sans en être forcément supporters.

Ca été une super expérience et ça s’est ressenti sur le terrain. J’ai fait une magnifique saison, on finit 3è du championnat et qualifiés dans les poules en Europa League après avoir éliminé le Sparta Prague. On tombe dans le groupe de la mort avec Valence, Swansea et Krasnodar. J’ai vraiment beaucoup appris et tout ça a aussi forgé mon caractère. Mais malheureusement je n’étais qu’en prêt et on connait Constantin. Il a voulu me reprendre, il y avait une option d’achat mais il l’a montée à 2 millions. Impayable pour un club comme Saint Gall. J’ai donc dû revenir à Sion où il me restait un an de contrat.

J’avais de l’espoir au début parce qu’on attendait beaucoup de moi après ma super saison chez les Brodeurs. Mais malheureusement je me blesse, je me fais le ménisque. Le club me propose quand même trois ans de contrat, mais en baissant mon salaire. Je n’ai pas accepté. Là on est en décembre, il me reste 6 mois de contrat et Montpellier arrive.

Courbis était l’entraineur et je l’avais connu dans la liste des entraineurs que j’ai eu à Sion. Je savais qu’il m’avait apprécié parce qu’ils avaient déjà essayé de me prendre quand j’étais à Saint Gall, mais Sion demandait trop. Là à 6 mois de la fin de mon contrat c’était le bon moment. Ils ont appelé mon agent, ça s’est fait très vite. Et moi je voulais vraiment partir à l’étranger, surtout dans un club qui était 6è de Ligue 1 à l’époque. Et c’est le coach qui me voulait donc tous les feux étaient au vert.

Puis il y a eu les problèmes entre le club et ton agent.

Ce qu’il s’est passé c’est que mon agent avait pu faire la première partie de la transaction mais n’avait pas pu la finir. En France, tu dois obligatoirement avoir un agent français, ou passer par un agent français. On a donc dû passer par un autre agent. Ca a bien été les six premiers mois, je vivais dans le même hôtel que Courbis, on mangeait parfois ensemble. On avait une bonne relation.

Je revenais de blessure et il m’avait fait comprendre que je ne jouerai pas la fin de saison, pour revenir en forme au début de la suivante. J’ai malgré tout été super impliqué, j’étais souvent sur le banc et ai même été titulaire un match contre Lens. Je suis revenu plus vite que prévu. Et la Ligue 1, c’est sur que physiquement les gars c’est des monstres. Mais techniquement c’est rien de fou, donc j’avais vraiment toutes mes chances dans ce championnat.

Et en été, Courbis vient me voir et me dit que son fils m’a trouvé une possibilité d’être prêté à Bastia. J’aurai pu repartir en Ligue 1. Mais pour mon image, arriver à Montpellier et partir six mois plus tard en prêt à Bastia après avoir joué un seul match… Et je n’aime pas partir sur des échecs. Je savais que si je partais ils ne me récupéreraient pas. Ils ont ensuite voulu que je signe avec le fils de Courbis, ce que j’ai refusé. Et à partir de là j’aurai pu faire n’importe quoi, mais pour lui c’était fini.

Je rentre passer les fêtes de Noël avec la famille, un peu dégoûté par ce qu’il se passe à Montpellier. Je suis seul, je ne joue pas… Et là j’apprends que Courbis s’est fait virer. Mais le nouveau coach, Frédéric Hantz, me fait comprendre à mon retour que ça sera difficile pour moi, surtout que le club se battait contre la relégation. Mais malgré ça et contrairement à Courbis il venait me voir avec la CFA. Il a vu qu’il y avait de la qualité. Il a commencé à me mettre sur le banc, il m’a fait rentrer dans un match contre Reims. Je me disais que ça allait enfin être bon. Et au final le club à décidé de ne pas me garder.

Et tu reviens en Suisse découvrir la Challenge League à Aarau.

Il fallait que je rejoue. Il me restait deux ans de contrat mais je ne pouvais pas rester à rien faire. Mais c’est dur de partir de Montpellier pour aller à Aarau, en plus en Challenge League. Je n’avais joué qu’en Super League, près de 200 matchs. Je l’ai mal vécu au début, surtout que je n’avais pas eu d’autres offres. Les clubs de Super League doutaient après presqu’un an et demi sans jouer en première équipe et ils n’ont pas voulu prendre de risque.

Du coup je reviens avec l’objectif de monter le plus rapidement possible avec Aarau. On avait une jolie équipe et le club avait aussi l’objectif de remonter. Mais face à des Zurich, Xamax, Servette, c’était trop juste. En fin de saison le club me dit qu’ils comptent sur moi, qu’ils ont toujours l’objectif de monter. Mais pour moi c’était clair qu’on ne serait pas favoris.

Je parlais souvent avec Carlos Varela, qui me disait que Meho Kodro me voulait à Servette. Xamax me voulait. Lugano aussi. Mais Kodro comptait vraiment sur moi et j’ai choisi de venir à Genève.

Tu avais des à priori sur les Genevois, sur la ville ou le club avant d’arriver?

Non, pas forcément d’à priori. J’ai toujours aimé ce club. Quand on jouait dans les équipes de jeunes à Xamax, c’était contre Servette et Lausanne qu’on voyait toujours les meilleurs joueurs. Avec une vraie qualité, pas des bourrins. J’ai toujours su qu’à Servette c’était des joueurs de ballon. En arrivant je connaissais déjà Alphonse, Berisha, Vitkiviez, Sauthier, Gonzo… J’arrivais pas non plus en terrain inconnu et du coup l’adaptation s’est faite vraiment facilement.

Avec ce but hallucinant, peut-être le plus beau marqué à la Praille, la saison passée contre Schaffouse.

Il représente le football qu’on cherchait toujours à jouer avec Servette. C’est pas un enchainement qui était travaillé. On avait vraiment une équipe qui aimait jouer au ballon. Tu vois Bobo (Boris Cespedes), un numéro 6 qui te fait un petit pont qui rend l’action encore plus belle alors que beaucoup auraient joué simple. Ca joue à une touche, même Alphonse qui ne touche pas le ballon fait un mouvement qui m’aide à avoir la place pour que Cognat me la mette directement. C’est vraiment une action d’instinct et c’était notre force l’année passée. Pas d’individualités, de joueurs égoïstes, et des super manieurs de ballon. Ca fait une alchimie que j’avais déjà un peu eue à Saint Gall, mais là c’était encore plus fort.

Avant le début de saison, Carlos Varela me disait qu’il avait un peu peur de la différence entre la Challenge League et la Super League. Je lui ai dit de pas s’inquiéter, qu’on aurait toujours le ballon. Et on l’a toujours eu! YB, Bâle, on a toujours eu la possession. La confiance qu’on a créée, tous ces automatismes, c’est vraiment le football que j’aime. C’était le top de jouer dans une équipe comme ça. Je suis triste de la façon dont ça s’est terminé avec Servette mais j’ai fait mon boulot.

Qu’est-ce qu’il a manqué pour que tu ne prolonges pas avec nous?

Ca fait 6 mois que je cherche la réponse.

Quand Gérard Bonneau est arrivé la saison passée, il a dit qu’avant de monter en Super League il faudrait que le club prolonge trois cadres de l’équipe: Sauthier, Mica (Stevanovic) et moi. Donc de mon côté j’attends que le club se manifeste. Je pars en vacances en fin de saison passée après la promotion, le club me dit de patienter un peu. Et je vois que Mica et Sauthier ont prolongé. De mon côté, rien, pas d’appels. Mon agent contacte Constantin Georges, lui demande ce qu’il en est de moi. Et Constantin Georges lui répond de patienter jusqu’en octobre. Là on se dit qu’il y a un problème.

Ce que j’ai cru comprendre, c’est qu’ils n’étaient pas surs que j’allais tenir la route en Super League. Ca m’a travaillé et je pense leur avoir prouvé le contraire. Bonneau poussait pour qu’on me prolonge et ne comprenait pas non plus que ça n’arrive pas. Ils m’ont finalement fait une proposition. Sans mentir, ils me proposaient de m’augmenter de 500 francs, avec une année de plus. J’ai 30 ans, 29 ans à ce moment-là, et moi j’étais ici pour m’inscrire sur la longueur.

Avec mon agent on a pas compris. J’ai quand même été 5 fois dans l’équipe type du Blick cette saison, et on me propose ça. On l’a pris pour un manque de considération. Du coup ils nous ont demandé de leur faire une contre-proposition et mon agent a voulu emmerder, c’est vrai. Il a demandé beaucoup d’argent. Mais c’est de bonne guerre! Et ce que je demandais, je gagnais le double à Sion, et je sais que des joueurs le gagnent à Servette. Je ne suis pas allé non plus dans l’extrême. Ils ont refusé et après ils n’ont plus rien dit. Plus de négociations et nous on attendait. Jusqu’au jour juste avant le match de Noël où ils m’ont dit que j’étais exclu de l’équipe jusqu’au terme de la saison.

En gros c’était soit j’acceptais leur offre, soit je ne resignais pas. Il n’y a même pas eu de négociations. Le coach me voulait, Bonneau aussi. C’est uniquement Constantin Georges et Didier Fischer qui étaient contre. On a dit que c’était mes genoux, mais j’ai joué tous les matchs. Ce qui m’énerve au final c’est que je n’ai pas de réponse, pourquoi ça ne s’est pas fait. Je n’ai pas apprécié, par rapport à tout ce que j’ai pu apporter.

Que vas-tu retenir des ces trois saisons?

D’avoir remis le club à sa place. C’est vraiment un club qui doit rester en Super League et jouer les premiers rôles. On l’a déjà vu cette saison, en étant néo-promus. Cette montée c’était des moments incroyables. On est passé par toutes les émotions. Le match sous la neige à Lausanne. Et l’ambiance dans l’équipe. On était parti tous les joueurs un week-end ensemble à Barcelone en début de saison, c’est des trucs que tu ne fais pas ailleurs.

Tu n’as jamais connu un autre groupe comme celui-ci?

Non, jamais aussi soudé. On avait notre onze titulaire, et les remplaçants ne se plaignaient pas. Ils ont toujours été là. Il n’y avait pas d’ambiguïté dans le vestiaire, personne tirait la gueule. Et ça a vraiment été notre force.

Cet article a 3 commentaires

  1. steve

    Première petite merdouille de la direction depuis la reprise du club…

  2. Muller

    Triste de se conduire pareillement,mais suis pas surpris…c’est Servette c’est Genève

  3. Werz François

    Ce que je n’ai pas compris : Il avait un contrat jusqu’au 30 juin 2020. Pourquoi l’exclure à Noël ???

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