Interview Timothé Cognat
Photo : Eric Lafargue

Interview Timothé Cognat

Formé à l’Olympique Lyonnais où il n’aura jamais eu sa chance avec l’équipe première, champion d’Europe U17 d’une équipe de France dont il était le capitaine, Timothé Cognat aura véritablement pris son envol à Genève. Entretien avec l’un des pions essentiels du collectif d’Alain Geiger avant la réception de Lugano dimanche à la Praille.

Comment te décrirais-tu en tant que joueur?

Je suis quelqu’un qui aime aller de l’avant, qui percute. Qui court beaucoup et avec une grosse activité. Après je suis peut-être parfois un peu trop altruiste.

Tu as toujours joué au milieu?

Oui, même si à un moment donné à Lyon ils avaient décidé que j’étais mieux à droite. Mais sinon j’ai été formé comme milieu de terrain.

Tu as rejoint l’Olympique Lyonnais à 13 ans. Comment se sont passées tes années de formation?

J’ai d’abord intégré l’internat pendant deux ans, des U14 aux U15. On y était du lundi au vendredi et on rentrait chez nous le week-end. J’ai ensuite été gardé pour passer au centre de formation où on dormait à Tola-Vologe, l’ancien centre avant le déménagement à Décines. Jusqu’à mes 18 ans c’était école la journée et entrainement ensuite. Puis après l’obtention du bac le club te laisse deux choix : continuer et laisser tomber les études, ou faire les deux mais de son côté. J’ai choisi de continuer.

Tu supportais l’OL?

Non, j’adore vraiment le foot mais je n’ai jamais supporté une équipe en particulier. Je peux regarder un match de Lyon comme je peux regarder un match de Saint Etienne, et je te dis ça en tant qu’ancien lyonnais. Je n’avais pas forcément d’idoles non plus, je regardais autant Cristiano que Messi, je m’inspirais un peu de tous les joueurs.

J’aime beaucoup le style de jeu espagnol, pourtant je regarde plus le championnat anglais ou allemand. C’est plus vivant, c’est vraiment attaque-défense. Et puis il faut dire aussi que maintenant ça joue dans n’importe quel championnat, tout le monde s’est un peu inspiré du jeu espagnol.

Est-ce que vous êtes préparés à ne pas réussir une carrière professionnelle lorsque vous êtes en centre de formation? Il y a eu dernièrement le cas malheureux du jeune Jeremy Wilster qui s’est donné la mort après avoir appris qu’il ne serait pas conservé à Manchester City.

Dans un sens oui parce qu’on est obligé de continuer les études à côté du sport. Mais on n’est jamais réellement préparés à l’échec. Je pense qu’on se rend vite compte aussi qu’il faut beaucoup travailler pour y arriver. C’est soit tu arrives à passer le cap, soit comme ce jeune garçon tu n’y arrives pas et il y a malheureusement eu quelque chose de tragique derrière.

Le centre de formation de l’OL fait partie des meilleurs d’Europe, celui de Servette des meilleurs de Suisse. Quelles sont les grandes différences entre les deux?

C’est vraiment deux mondes différents. À Lyon tu as beau être en 16 ans, tu as des infrastructures de malade. Au niveau extrasportif aussi, tu es vraiment géré de l’école jusqu’aux entrainements. Et puis c’est un vrai centre de formation, où les joueurs peuvent dormir. Après évidemment que ce ne sont pas les mêmes moyens. Mais déjà en jeunes à Lyon tu es presque dans un environnement professionnel.

Tu as gagné le titre de champion d’Europe U17 avec la France en 2015 en étant capitaine de l’équipe. Comment envisageais-tu la suite de ta carrière à ce moment-là?

Sincèrement à ce moment-là je pense que je n’avais pas réalisé ce qu’on avait accompli. J’étais en vacances dès le retour du championnat d’Europe, en sachant que je devrais vite faire la bascule sur mes études parce que j’avais une épreuve du bac à passer. C’est plus tard que j’ai senti que les gens avaient un autre regard sur moi.

Et puis tu commences aussi à te poser des questions. Gagner le championnat d’Europe ne m’a pas permis d’aller m’entrainer avec les pros. J’ai peut-être aussi fait un peu moins d’efforts. Je n’avais pas pris la grosse tête, mais je ne travaillais peut-être plus autant qu’avant. Et c’est dangereux.

On sait que les centres de formation en France aiment les grands gabarits. Est-ce que ta taille (1m70) a pu être un frein?

C’est plus en arrivant en professionnel qu’on m’a fait comprendre que plus que ma taille, c’était ma morphologie qui n’était selon eux pas suffisante. Du coup ils se sont dits qu’ils ne pourraient pas faire grand chose avec moi. Après on ne saura jamais non plus si j’aurais pu être aussi performant avec 10 centimètres et des kilos en plus.

Tu as pourtant quand même signé un contrat professionnel à Lyon.

Oui mais ce n’était pas forcément qu’ils croyaient en moi. C’était plutôt pour des raisons extrasportives qu’ils m’ont fait signer et pas pour mes performances. Mais je n’ai pas forcément envie de revenir là-dessus. J’ai fait mon chemin depuis.

Tu signeras en prêt avec nous peu après la signature de ce premier contrat pro. Comment se sont faits les premiers contact avec le club?

Entre mes agents et le club et c’est sûr que Gérard Bonneau a joué un grand rôle dans ma venue ici. Le Servette n’était pas mon premier choix, mais après réflexion avec ma famille et mes agents j’ai décidé de venir. Et au final c’était la meilleure solution et un bon choix. Il fallait que je me relance.

Je connaissais aussi bien le club parce qu’on jouait régulièrement contre Servette dans les catégories de jeunes de l’Olympique Lyonnais. Je connaissais aussi un peu son histoire, et ça a toujours fait partie des bonnes équipes dans ces catégories d’âge-là.

Et tu as vécu une première année en pro de rêve avec le titre et la montée en Super League et une place de titulaire dès ton arrivée.

Oui. J’étais vraiment venu avec l’objectif d’engranger des minutes en professionnel et ça a vraiment été une année incroyable. Que ce soit pour le club ou pour les joueurs. Je ne m’attendais pas à ça en venant.

Quelle type de personnalité es-tu dans un vestiaire?

Je suis quelqu’un qui aime bien rigoler, je fais un peu le con. Mais je sais être sérieux quand c’est nécessaire.

Tu as aussi un côté très compétiteur à l’instar d’un Vincent Sasso. On t’a parfois vu avoir des gestes d’énervements en étant remplacé par exemple.

Je pense que chaque footballeur change en rentrant sur le terrain. On est un peu dans une bulle, on se concentre. Après voilà, on n’est évidemment jamais content de sortir. Alors je sais que ce n’est peut-être parfois pas joli à voir, mais ce n’est rien de méchant.

On commence maintenant à reprendre un rythme normal d’un match par semaine, j’imagine que ça doit vous faire du bien de pouvoir souffler un peu plus?

On s’est plutôt au contraire habitué à ce rythme. Et contrairement à ce que l’on pense, c’est plus facile d’enchainer un match tous les trois jours qu’une fois par semaine. Quand tu tiens le coup ça permet de se maintenir dans des semaines qui ont été interminables. Maintenant c’est vrai aussi que ça fait du bien de pouvoir se régénérer un peu physiquement.

Le fait d’arriver à enchainer ces semaines anglaises peut être un bon motif d’espoir en cas de qualification en Europe l’année prochaine. C’est l’objectif?

On ne va pas se mentir, on cherche à finir le plus haut possible et d’aller chercher une qualification européenne. C’est clairement le but. On est bien parti pour et on ne va pas relâcher.

Vous reprenez ce week-end avec la réception de Lugano avant un 1/8è de finale de Coupe contre Vevey, où vous avez vraiment un boulevard jusqu’à la finale.

Oui, après on sait aussi que c’est la Coupe et qu’il y a des surprises chaque année. Mais c’est sûr que quand tu sais que tu n’as que trois matchs pour atteindre la finale, on va vraiment y aller pour gagner. C’est quatre matchs et quatre finales, il faudra se donner à fond.

Tu as été étonné par les résultats du club depuis le retour en Super League?

Non, parce qu’on a vraiment une équipe compétitive et qui a énormément progressé. C’est tout sauf anodin si on est ici à l’heure actuelle.

Tu t’approches des 100 matchs joués pour le club (96). Qu’est-ce que le club représente pour toi aujourd’hui?

Un club qui m’a vraiment permis de progresser et de passer des échelons. De redevenir le joueur que j’étais avant. Après c’est vrai qu’à l’heure actuelle j’aimerais passer un cap, que ce soit ici ou ailleurs.

Tu as déjà des perspectives pour la saison prochaine?

Je gère ça avec mes agents. Mais je me concentre sur l’objectif d’aller chercher cette deuxième place qui serait vraiment important pour le club et pour moi.

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