Interview Ultra – Legics

Interview Ultra – Legics

Les tribunes sont des endroits où les émotions sont décuplées. Où se révèlent régulièrement les côtés les plus refoulés de nos personnalités. Lieux de partage, de communion et de fratrie, touchant toutes les classes sociales, les mettant au même niveau le temps de 90 minutes. Ces émotions sont en grande partie dues aux ultras, sans qui les stades perdent de leur attrait pour ceux qui aiment vivre les matchs à chanter debout derrière un but. Rencontre avec un ancien du mouvement genevois, aujourd’hui retraité de ses activités d’ultra. Des parcages sédunois aux embrouilles en Italie en passant par les pubs anglais, retour sur près de trois décennies d’amour inconditionnel du Servette.

Pourrais-tu te présenter brièvement, pour commencer?

Legics, 41 ans. Au stade depuis 1991, carté SG depuis 1993. Ancien trésorier, ancien capo, middle-class aujourd’hui.

Quel a été ton tout premier souvenir grenat?

C’était un SFC – YB. Mais plutôt qu’un match, c’est le rituel avec mon père en moto depuis la campagne genevoise pour venir aux Charmilles. Passer les vieux portails en fer forgés grenat du stade. Monter sur le Totomat côté rue de Lyon, rentrer en Tribune B avec mon petit drapeau grenat qui est d’ailleurs de retour avec moi depuis quelques matchs. Et m’asseoir avec mon père et ma saucisse.

J’imagine que comme beaucoup dont l’IDS que nous avions interviewé, tu as été fasciné par les supporters en Tribune Nord?

Oui. J’étais assis en latérale à regarder la SG. Je voyageais beaucoup en Europe avec mon père à cette époque. Et en fait le vrai déclic a eu lieu lors d’un voyage où je me suis retrouvé un jour à San Siro. Malgré le spectacle du Milan avec Van Basten, Gullit et Rijkaard, mes yeux sont restés rivés sur celui des ultras.

C’était un Milan-Atalanta et j’étais entre la Curva Sud milanaise et le parcage visiteur. Je n’ai pas regardé le match. Pour la petite histoire les supporters milanais avaient uriné sur les bergamasques depuis le premier annello. C’est à ce moment-là que j’ai commencé aussi à me rapprocher de la Section Grenat quand j’allais au stade. Et depuis je n’ai pas bougé.

Tu avais quel âge à ce moment-là?

Je devais avoir 14-15 ans.

Que veut dire être ultra pour toi?

Etre ultra c’est vivre d’une manière extrême l’amour de son club, de sa ville et de son histoire. C’est des émotions extrêmes de joie, de colère, de déception ou de tristesse. Tout est démultiplié. J’ai toujours été à 200% dans l’animation vocale, gestuelle et les tifos plutôt que dans la bagarre.

Mais maintenant je n’ai plus le temps pour le vivre comme avant. Il y a le boulot, la famille, les enfants. Certains diront que je ne suis plus ultra parce que je ne fais plus tous les déplacements et que je ne peux plus m’impliquer dans la vie du groupe. Les activités du groupe autour du stade si j’y passe deux fois dans l’année c’est un miracle. Pas parce que je n’ai pas envie. Mais j’arrive un peu aux matchs au dernier moment, je vais vite retrouver les potes.

Je ne pourrais jamais vivre sans mon club. Pour te donner une anecdote quand j’étais petit, à un moment mon père n’allait plus au stade mais se tenait toujours au courant des résultats. Et mes résultats scolaires suivaient ceux du club. Si on avait été le Barça ça n’aurait pas été un problème! Mais avec Servette on a un peu tendance à faire du yoyo. Ca crée aussi des émotions plus fortes.

Mais avant d’être ultra, je suis un amoureux du foot. On est tous des passionnés. Sans forcément y avoir joué, je n’ai d’ailleurs joué qu’une saison. J’ai compris tout de suite que j’étais mieux en tribune avec une bière.

Quel est ton avis sur l’évolution de la Tribune Nord sur les 20-25 dernières années?

L’évolution est assez impressionnante. C’était cool d’être à la base du truc et d’amener une nouvelle mentalité. On s’est bien fait emmerder par les anciens dans la tribune au début, qui ne comprenaient pas vraiment ce qu’on faisait. Finalement on a réussi à s’imposer.

Ca nous avait d’ailleurs valu une petite frayeur à Berne où on a posé le mot ultra pour la première fois à l’ancien Wankdorf. A la sortie du stade en arrivant au car, on a eu la visite des East Side qui étaient venus nous dire qu’ils cherchaient des ultras. On avait 15-16 ans à l’époque.

Donc pas évident au début mais ça a finalement bien pris. On a quand même été une référence en Suisse au niveau des animations. J’ai correspondu avec tout le mouvement ultra romand. Ils nous crachaient dessus par devant, mais par derrière ils nous demandaient tous des fanzines, où est-ce qu’on faisait ci ou ça. On avait vraie reconnaissance au niveau des tifos.

Après on est un peu tombé avec les faillites successives. Mais il y a toujours eu un vrai noyau donc ça a bien tenu quand même. Pour arriver à cet essor qu’on voit aujourd’hui, avec ces gros déplacements, mais qui arrive bien après la Suisse alémanique. Et c’est tout ce qu’il nous a manqué à l’époque.

Même si le petit groupe qu’on était avait ses avantages aussi. On était un petit noyau, on se connaissait tous. Les déplacements c’était entre 14 et 150 personnes. Par contre aujourd’hui tu fais un départ en train pour Sion, Neuch ou YB, tu as 600 personnes que tu ne connais pas. C’est beaucoup plus difficile à contrôler. C’est une des raisons qui fait que je suis content de ne plus être à la tête du groupe. C’est compliqué de gérer une tribune avec autant de gens que tu ne connais pas.

Comme disait l’IDS, il y a 20 ans on avait une tribune qui était quand même très à droite. Avec les BOYS qui bâchaient à côté de la SG et étaient parfois présents en déplacement. Est-ce que tu penses que ça a porté préjudice au groupe?

On a probablement perdu du monde à cause de ça. J’ai le souvenir d’une personne qui avait fait le grand chelem une saison avec nous, très marqué politiquement à gauche. Et qui avait arrêté pour cette raison. Il avait disparu du jour au lendemain et on ne l’a plus revu. Mais la SG a toujours été apolitique. C’est quelque chose qui n’a rien à faire au stade de manière générale. La politique c’est Servette.

D’un autre côté on n’aurait pas forcément connu l’explosion que les Suisses allemands ont connu si la Tribune avait été totalement à gauche. Je pense que le football romand a complètement raté un virage à un moment donné. Ici à Genève tout le monde regardait les résultats du Servette mais personne n’allait au stade. Aux Charmilles on a été champions devant 5’000 personnes.

Le succès amène les gens, il n’y pas de miracles. Quand tu regardes Bâle depuis qu’ils sont montés de Ligue B c’est un crescendo magnifique. C’est clair qu’ils avaient déjà plus de monde que nous, mais cette ligne continue leur a permis d’arriver là où ils sont. Nous c’était une année le titre, l’autre le tour de promotion relégation, l’Europe la suivante. Et les faillites.

Il faut aussi dire que le public genevois est comme il est. C’est un public d’événementiel. Mais ça a l’air de prendre aujourd’hui, tu vois beaucoup plus de jeunes en ville avec des maillots du Servette. Et c’est ce dont on rêvait à l’époque. Il y a quand même un gros potentiel à Genève. Avec aussi Meyrin, Onex, les Avanchets, c’est une clique de gars un peu fêlés qui pourraient s’intéresser à la tribune.

Tu as été capo et trésorier de la SG. Que retiens-tu de ces années-là?

Un mélange d’émotions et une fierté de folie. Etre capo c’est un des meilleurs sentiments au monde. Avoir ce mur de personnes devant toi et les faire chanter, c’est un truc de dingue.

Ca ne te dérangeait pas de ne pas pouvoir suivre le match?

C’est sur que il y a ce manque. Mais les parcages c’est pas forcément le meilleur endroit pour voir des matchs non plus. Donc c’est sur que je ratais la majorité, pour les regarder après coup. Mais être sur la barrière à Sion à lancer des chants face à un stade qui te déteste, c’est une sensation fantastique. Tous les capos te diront la même chose. J’ai eu la chance de faire l’épopée européenne de 2001. Berlin, Saragosse, c’était le rêve absolu.

Mais vraiment, c’est quelque chose qui te marque. Après c’est sur que j’aurai rêvé avoir une sono et 5’000 personnes face à moi. Je ne suis pas le plus expressif du monde en dehors du stade, mais dedans avec le méga j’étais un autre homme.

Comment étaient vos relations avec les autres tribunes suisses à ton époque? Dans une période qui était plus violente au niveau des supporters qu’aujourd’hui.

C’était plus violent parce qu’il n’y avait pas la même sécurité. A Sion il n’y avait pas de parcage propre, on était mélangé avec les valaisans. Et c’était comme ça dans pratiquement tous les stades. J’ai le souvenir d’un ancien des BOYS montant les 5 rangs au-dessus de nous pour aller mettre des baffes aux sédunois.

Il y avait moins de gens impliqués et beaucoup plus de contacts. Et moins de médiatisation. On a un peu vécu l’âge d’or. On craquait des torches le visage découvert. Aujourd’hui le contact autour d’un stade n’existe quasiment pas. Et quand on fait des cortèges à Sion ou à Neuch, qui va nous attaquer? Ou les cortèges de Suisses allemands? Donc oui c’était plus violent à l’époque. Et on n’avait pas beaucoup d’amis.

Il y avait déjà cette amitié avec Lugano. Neuchâtel était aussi plutôt pro-Servette. Parmi les fondateurs des Fanatix il y a des mecs qui devaient fonder une section Geneva BOYS à Neuchâtel. Ils étaient très proches, mais plus pour des raisons politiques.

On était potes aussi avec le Blue White Fanatik Kop de Lausanne. On a fait des photos dans leur local, des tournois de foot en salle. Il y a eu des leaders de deux générations de supporters de la Section Ouest qui étaient très potes avec des leaders de la SG. Mais jamais rien d’officiel. Ils étaient avec nous à la finale de Coupe à Berne en 1996. C’est marrant de voir certaines rivalités se créer 20 ans après. Pour x ou y raisons d’ailleurs. La rivalité des SO avec les IG (Irréductibles Grenat, groupe de supporters du GSHC) s’est un peu étendue à tout le reste. On a d’ailleurs toujours la bâche d’un groupe de supporters du LS dans notre local.

Et qu’en était-il de vos relations avec les Red Side ?

On se connaissait tous. Et on se détestait profondément. Une vraie haine. Mais eux nous ont toujours beaucoup admiré. Un des fondateurs des RS m’écrivait à l’époque pour que je lui envoie des Gueule Elastique. J’ai des lettres de lui où il est vraiment en admiration devant ce qu’on faisait.

Mais on se connaissait tous parce qu’on n’était pas beaucoup. Les noyaux étaient relativement petits. Il y a eu un épisode à Verbier un 31 décembre où on s’est tapés dessus. Plein d’anecdotes comme ça. On n’était vraiment pas copains.

J’ai encore de temps en temps des contacts avec un ancien Red Side. Et c’est un peu tout le paradoxe parce que c’est les mêmes gars que toi en fait. Ils sont aussi radicaux que toi, ils ne supportent juste pas le même club. Finalement il y a plein de choses qui pourraient nous rapprocher. Si tu bois une bière avec un mec d’une bande peut-être un peu moins rivale, vous allez naturellement vous retrouvez sur pleins de points.

On aurait certainement pu mener beaucoup plus de combats en étant unis. C’est bien sur plus facile de dire ça à 40 ans. Mais peut-être qu’on aurait pu obtenir certaines choses plus rapidement.

Tu me parlais de Gueule Elastique. Est-ce que tu peux revenir un peu sur la naissance et la mort de ce fanzine qui aura été une vraie référence?

C’était un putain de zine! C’est deux anciens qui l’avaient lancé, Com et Deejay, avec Marc à la rédaction et la mise en page. Ca a été un boulot de dingue. Il y avait un vrai travail de recherche sur les articles. Je les ai encore tous à la maison et franchement, pour avoir des centaines de magazines de groupes européens, on n’a pas à rougir. Tout était artisanal. Imprimante couleur pour la couverture, on faisait ça au bureau des parents.

Après ce qui l’a tué c’est que ça prenait un temps de fou. Et il y a aussi eu l’arrivée d’internet. A l’époque nous c’était les magazines et la correspondance par lettres, à s’échanger des photos. Au final le zine aura quand même tenu assez longtemps. Il y a eu près de 25 numéros, sur 5-6 ans. Le premier a dû sortir en 1995 et le dernier devait être en 2000.

J’en achetais une quinzaine chaque fois. Qui partaient ensuite en France, en Italie, un peu partout. C’était LE vrai moyen de communication. Pas mal de tribunes recommencent d’ailleurs à faire des zines, même si c’est plus des bilans une fois par année. Des trucs un peu plus épais que ce qu’on faisait dans le temps, en couleur.

Tu as toujours aussi beaucoup aimé Saint Etienne. Ton surnom Legics est d’ailleurs tiré de celui des Magic Fans stéphanois, Les Gics. Pourquoi Sainté?

Honnêtement je n’en sais rien. Je me rappelle que j’étais parti skier en France pendant les vacances de Noël 1993. Et j’avais acheté le Best-of Sup’Mag 92-93. Il y avait deux pages sur chaque groupe et j’ai eu un flash sur les Magic Fans.

Ca a toujours aussi été une tribune référence en France. Même si ce n’est plus le même groupe que j’avais connu à l’époque. La génération précédente des MF est souvent venue nous voir, on a aussi souvent été chez eux. On parlait des rivalités et des amitiés. Avant ils faisaient la Lake Parade avec nous, les matchs. Aujourd’hui ils bâchent à Lausanne avec le LHC.

Du côté de la Section Grenat il y a eu une amitié durant de longues années avec les Joyriders de Sochaux. Comment est-elle née?

Je n’étais pas à la base du truc donc je ne pourrais pas vraiment te dire comment ça a commencé. Et l’amitié avec eux n’existe plus aujourd’hui. Mais c’est un groupe qui nous correspondait relativement en taille. En esprit et en déconne aussi. On n’a pas été jumelé avec les Joyriders par contre. Notre seul jumelage reste toujours Lugano.

Ca a d’ailleurs souvent été matière à débat. Savoir si on voulait se rapprocher d’un grand groupe français ou italien. Et finalement pour qu’il y ait un jumelage il faut vraiment que le groupe soit entièrement acquis. Ce qui est compliqué. Et se rapprocher des Magic Fans ou du Commando Ultra, ça n’a aucun sens. On est un groupe de 150 face à 3’000.

Par contre il y a eu beaucoup de contacts avec différents groupes. On a trainé avec des mecs de Paris. Des gars de Lyon sont venus nous voir. Des MF ont été dans le car avec nous pour un match à GC. Et certains du noyau dur en tribune aux Charmilles contre le Hertha Berlin (2001). Mais c’était plus des contacts et des amitiés de correspondances qu’autre chose.

Ce qui au final n’est pas plus mal. On a toujours été et on est toujours une tribune un peu atypique. Tous les autres groupes suisses ont plein d’amitiés à l’étranger. Quand tu regardes Neuchâtel entre Bienne, Grenoble, Metz… Comme si ça pouvait légitimiser ses propres actions.

Nous on n’a jamais eu cette ligne de conduite. En définitive on doit être la tribune la plus indépendante du pays. On est Genevois, on est un peu différent des autres. C’est notre spécificité aussi. On n’est pas potes avec toute la Suisse. C’est le fameux : on est G’nève et on s’en fout. Toutes les générations l’ont cultivé.

A la différence de la grande majorité de ceux de ta génération, tu es toujours carté SG aujourd’hui.

Parce que ça fait partie de moi. Mais ça fait longtemps qu’on a transmis le groupe, avec sa ligne de conduite et ses valeurs. En laissant faire ceux qui l’ont repris. Ils font beaucoup de choses qui sont très biens, d’autres que je trouve moins appropriées. Par contre je ne pense pas avoir encore la légitimité pour ouvrir ma gueule. Ils font avec l’air du temps, avec leurs idées. On verra si c’était les bonnes dans 5-10 ans quand ils repasseront le groupe à une nouvelle génération.

Mais on est aussi une tribune qui a gardé ses vieux. Les fondateurs de la SG en 1988 sont toujours au stade. Ils ne sont plus impliqués mais toujours là. Et on n’utilise peut-être pas assez la force des anciens. On ne dit pas que des conneries. On est moins la tête dans le guidon aujourd’hui, moins dans ce combat permanent.

J’ai remarqué que les groupes français changeaient plus rapidement leur noyau d’actifs. C’est un sentiment perso, pas une étude sociologique. Le noyau de la SG de 1995, on est quand même encore une bonne grosse dizaine au stade. C’est plutôt cool et c’est encore une des particularités de notre tribune.

Si tu ne devais retenir qu’un match contre Sion?

Footballistiquement pour moi ça serait le 5-2 aux Charmilles en 1993. Sous un déluge pas possible. Sinval fait un lob du milieu du terrain et le ballon s’est planté derrière la ligne de but, sans bouger.

Et niveau ambiance il y en a eu quelques uns aux Charmilles qui ont été assez sympas. Je me rappelle que Pierre Tripod (ancien journaliste à la TSR) avait le plateau de sa caméra juste au dessus du kop. Et nous on lui secouait son échelle et on l’empêchait de descendre. On rigolait bien.

Sinon les parcages à Sion il y a eu celui juste avant la faillite avec Pishyar. Le mythique 4-0. Parcage complètement blindé. Un joli tifo et une ambiance vraiment grandiose. Si tu reprends des photos d’il y a quelques années, on n’était parfois pas beaucoup à Tourbillon comparé à aujourd’hui. On était parfois 200. Et aujourd’hui on est bien plus de mille.

Tu fais toujours des matchs à l’étranger?

Plus au niveau des tribunes ultras. On est plutôt dans le trip aller en Angleterre ou en Ecosse. On parle aussi d’aller en Allemagne. On va surtout voir des matchs de divisions inférieures. Des petits clubs League One et de League Two. T’as 7’000 spectateurs, le niveau de football est parfois cataclysmique. Je pense que tu pourrais limite avoir ta place le dernier quart d’heure avant de te faire briser la jambe!

Mais tu passes un bon moment. Aujourd’hui le foot devient plus un prétexte pour aller visiter des villes et boire des bières dans des pubs. Certains d’entre nous sont aussi plus attirés par la culture vestimentaire casual anglaise. Après c’est sur que si il y avait toujours le grand mouvement ultra italien j’essaierai encore d’y faire des matchs de temps en temps pour le fun. On a fait des matchs où on s’est parfois retrouvé dans des situations compliquées.

Il y a eu ce Genoa – Fiorentina, deux équipes qui ne s’aiment pas beaucoup. On était 4 ou 5 posés au mauvais endroit, au mauvais moment. Le cortège des ultras florentins était pas loin d’arriver dans notre direction et là un groupe de gars du Genoa a foncé vers nous. Armés de bâtons et de casques de scooters. Ils pensaient qu’on était des observateurs avancés du cortège florentin. Puis ils ont compris qu’on était juste là en touristes.

C’est des souvenirs de dingue. J’ai encore des centaines et des centaines de photos à la maison. Et ça nous inspirait aussi, pour trouver des chansons par exemple. On en a repris certaines qu’on a modifié un peu, parfois sans le vouloir, à cause de l’alcool! Il y a d’ailleurs eu un air qu’on avait mal repris et que les valaisans nous avaient piqué. Mais notre version, qui n’était pas la bonne, pas l’originale. Il faudrait que je retrouve laquelle c’est. Je crois que ça venait de Galatasaray ou de Fenerbahce. Les mecs du PSG la chantaient aussi.

Donc oui si c’était toujours comme ça aujourd’hui on trouverait encore le temps pour un petit week-end souvenir en Italie. Maintenant Florence c’est plus avec ma femme pour aller visiter le Dome. Après j’ai toujours des stickers dans la poche pour en poser un ou deux, partout où je vais. Et mine de rien ton oeil est formaté. Tu regardes les graffitis, les looks des gens. Tu vois tout de suite ceux qui sont des gars qui vont au stade. C’est quelque chose qui est en toi.

Comment vois-tu le futur du mouvement ultra?

Il y a des choses plutôt positives. Rien que le retour des tribunes debout, malgré les garde-corps c’est déjà agréable. A Genève les jeunes s’intéressent de plus en plus au club aussi. Ils commencent à voir que le stade peut être un endroit cool, pour ceux qui aiment le foot. Ca peut donner des beaux jours pour la tribune.

Après je préfère toujours la qualité à la quantité. Mais si on peut avoir une tribune un peu plus conséquente ça serait fantastique. Tout en essayant de garder notre spécificité. Mais dans notre société d’aujourd’hui avec la pensée unique où tout est contrôlé, je me dis que cette zone de turbulence est peut-être vouée à disparaître à un moment donné.

Je continuerai toujours à aller au stade jusqu’à ce que je ne puisse plus. Physiquement ou mentalement. Mais c’est vrai que pour moi un match se vit debout, pas assis. Le sport perd son intérêt dans un stade sans émotions. Quand tu regardes ce qu’il se passe aujourd’hui avec les huis-clos, c’est d’une tristesse absolue.

Un stade qui chante c’est quelque chose de magique. Ca donne des frissons. Pour te donner une autre anecdote un jour j’étais chez ma cousine, à Rome. Elle avait 20 ans et n’avait jamais été voir un match de foot de sa vie. Et je lui propose d’aller au stade. J’avais bien planifié mon coup parce que c’était le derby de Rome. Tout sauf un hasard. Et du coup je l’emmène elle et une de ses amies.

Je trouve des billets juste à côté du virage nord des ultras de la Lazio. Comme je préfère la Roma, je leur dis qu’on n’irait pas là où on a les places, mais qu’on entrerait du côtés des gars de la Roma. Et là c’est parti en vrille entre les ultras et la police devant le stade. J’ai pu les extraire de la mêlée et des lacrymos. Elles étaient effrayées, en larmes et voulaient absolument rentrer. Je leur ai dit que ça irait, que ça allait passer. On s’est éloigné, aucun danger.

Là les flics ont commencé à ouvrir les entrées de la Curva Sud des ultras de la Roma et on y est allé. Au final elles ont été transportées. Elles ont adoré ça. Il y a vraiment eu une différence entre ce côté glauque de l’extérieur du stade où elles ont eu peur, et la tribune avec 12’000 personnes qui chantent à l’unisson. Elles ne sont probablement jamais retourné voir un match, mais je sais que pour ma cousine ça a été une expérience magnifique. Dont elle se rappelle. Ce sont ces émotions qui te font aimer le foot. Qui te font parfois déraper et faire des choses que tu ne ferais pas en dehors du stade.

Tu prends souvent tes enfants au stade. Qu’est-ce que tu dirais à ton fils si un jour il voulait lui aussi devenir ultra?

Je ne lui interdirai en tout cas pas. Mais je lui dirai de faire gaffe. A présent c’est quand même très différent. Nous on a vécu une époque où tu ne risquais rien. Déjà au niveau judiciaire. Si tu allumais une torche tu ne risquais pas de passer 24h en garde à vue.

Je n’ai jamais été le bagarreur du groupe. J’étais le porteur de bâche. Un peu le pion du général dans Stratego. Si on me prenait c’est qu’on était vraiment dans la mouise! Et j’avais des vaillants guerriers autour de moi qui ont fait le taf plus d’une fois. Au final à part quelques coups de poings, il n’y avait pas grand chose.

Aujourd’hui tu as les conséquences juridiques avec la vidéo surveillance. Des perquisitions. On n’avait jamais eu des choses pareilles. Donc oui je lui dirai de faire attention parce que les risques ne sont pas les mêmes. Il fera ses choix comme un grand, mais j’aurai toujours un petit oeil dessus. Je serai deux wagons plus loin avec les vieux!

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