Interview Vincent Sasso
« Il me reste un an de contrat, on a une belle équipe et je suis heureux ici. »

Interview Vincent Sasso

De retour d’une victoire historique au Kybunpark de St Gall et avant d’affronter Bâle ce soir et le FC Sion la semaine prochaine dans la suite des batailles du mois de mars, c’est un Vincent Sasso serein qui nous accorde un peu de son temps. Entretien avec ce grand fan de rap américain et pilier de la défense Grenat, aussi posé en dehors du terrain qu’il peut être véhément sur le rectangle vert.

Tu n’as joué que quelques minutes lors de la victoire contre St Gall mercredi, le coach te préserve pour le match d’aujourd’hui contre Bâle?

Oui, j’avais besoin de me reposer. Je venais d’enchainer trois matchs, j’ai été blessé et j’ai aussi eu le COVID. C’était plus par précaution.

Qu’est-ce que vous faites dans le car au retour d’un match comme celui-ci, au milieu de la nuit? Vous arrivez à dormir?

Non, c’est rare. C’est vraiment difficile de dormir après un match en général, on a encore l’adrénaline. On se repose plus qu’on ne dort. Certains regardent des séries, d’autres discutent. On essaie de faire passer le temps au maximum. Et ça passe toujours plus vite après une victoire comme mercredi.

On va revenir sur ton parcours, quel a été ton premier club?

J’ai commencé dans la petite ville où j’habitais, à Garches (Hauts-de-Seine), au FC 92. J’y ai fait environ un an et demi. Puis j’ai été au PSG.

Tu avais été repéré?

Non, je n’avais que neuf ans et simplement un meilleur niveau que la plupart de ceux avec qui je jouais à Garches. Mon père a donc décidé de me mettre au PSG. Mes grands-parents habitaient en plus pas très loin, du coup c’est souvent mon grand-père qui venait me chercher à l’école et m’emmenait aux entrainements.

Est-ce qu’on rêve à autre chose qu’à devenir professionnel quand on a 9-10 ans et qu’on joue au PSG?

Ça a toujours été mon rêve. Et je suis né en 1991, j’ai été dans un âge où j’ai pu vivre la Coupe du Monde 1998. C’est vraiment ce que je voulais faire. Après à cet âge-là c’est dur de s’e projeter. C’est plus des rêves d’enfants qu’autre chose.

Tu as été supporter du PSG?

Oui, mon père m’emmenait au Parc même avant que j’aille jouer au club. Mon premier match était un PSG-Metz en 1996 ou 1997. J’ai été supporter, on allait à tous les matchs à domicile, en tribune Auteuil.

J’aimais vraiment l’ambiance des tribunes. Et à l’époque ce n’était pas encore aseptisé comme ça peut l’être maintenant. C’est des bons souvenirs, cette période où ils ne gagnaient pas encore tout. Et de voir mon père, qui est pourtant quelqu’un d’assez calme être derrière l’équipe comme ça m’a marqué.

Puis tu as quitté le PSG en 2004 pour aller à l’AC Boulogne Billancourt.

Oui, j’avais 12-13 ans et pas mal de problèmes de dos. Ça commençait aussi à se passer un peu moins bien au PSG. C’était l’époque où soit tu passais à la pré-formation, soit tu continuais à t’entrainer mais tu restais habiter chez toi. Je prenais moins de plaisir et n’allais pas rentrer en pré-formation. Du coup on a décidé d’aller à l’ACBB, qui est un très bon club formateur et plus proche de chez moi. J’y ai fait deux années qui étaient peut-être les plus belles au niveau du plaisir.

Et tu pars ensuite dans l’un des centres de formation les plus réputés de France, au FC Nantes.

L’intégration s’était super bien faite et quand tu es jeune c’est peut-être les plus belles années de ta vie. Tu es avec des mecs de ton âge et tu joues au foot. Les conditions à Nantes étaient incroyables, on avait l’école à 5 minutes à pied. On était vraiment privilégiés et le club était encore très réputé pour la formation. J’y ai énormément progressé et je ne serai pas le joueur que je suis si je n’étais pas passé par Nantes.

Comment se caractérise concrètement ce jeu à la nantaise?

Tout est basé sur le jeu, tout le temps. À l’entrainement on savait qu’on allait prendre du plaisir. Alors tu as forcément des moments un peu moins amusants avec de la course, même en jeunes. Mais sinon c’est de la possession, du tennis-ballon, des jeux portés sur la technique et c’était vraiment un régal.

Dès ton arrivée à Nantes tu as également commencé à rejoindre l’équipe de France où tu as connu toutes les catégories de jeunes, des -16 ans aux espoirs.

Quand je jouais encore à Boulogne Billancourt, j’avais gagné la coupe nationale des ligues (14 ans fédéraux), qui est un peu l’anti-chambre des centres de formation. J’ai joué avec ma région, l’Île de France, et on avait battu la Lorraine en finale. À partir de là on a été plusieurs à commencer à être pré-sélectionnés en équipe de France et j’ai ensuite été à chaque fois directement appelé dans le groupe.

Evidemment à ce moment-là on donne tout pour le foot. Et j’ai la chance d’avoir des parents qui ont toujours été derrière moi et m’ont aidé à ne jamais lâcher l’école. C’était important pour eux que j’aie un bagage scolaire. C’est d’ailleurs aussi pour ça qu’on a choisi Nantes où au delà de l’aspect sportif ils mettent également beaucoup l’accent sur les études. J’ai eu mon Bac mais dès que je suis arrivé à Nantes et que j’ai été appelé en équipe de France être pro était devenu mon seul objectif.

Tu signeras ton premier contrat pro jeune, à 17 ans. Le rêve d’enfance commence à prendre forme.

Oui et j’étais d’ailleurs blessé au moment de signer, je m’étais fracturé le métatarse. Ça a ensuite été assez long jusqu’à ce que j’arrive en équipe première. Je m’entrainais avec le groupe, je faisais les pré-saisons et j’ai finalement joué mon premier match plus de deux ans après avoir signé mon contrat.

Et tu ne commences en plus pas dans la meilleure période du FC Nantes, qui était alors en Ligue 2.

C’était effectivement difficile. Nantes n’est pas un club qui a sa place en Ligue 2 et tu es forcément attaché au club dans lequel tu as été formé, donc voir passer tant de joueurs et d’entraineurs n’était pas évident. C’était une période vraiment compliquée au club.

Tu quitteras le FC Nantes après trois saisons en Ligue 2 pour Beira Mar et la D1 portugaise. Pourquoi le Portugal?

Je sortais d’une saison quasiment blanche à Nantes parce que les choses ne se passaient pas bien avec le coach de l’époque (Landry Chauvin). C’était à l’été 2012 et il ne me restait à ce moment-là qu’un an de contrat. Un nouveau coach arrive, Michel Der Zakarian, et il me fait comprendre qu’il va plus compter sur des joueurs d’expérience en défense pour remonter en Ligue 1. Ce qui est compréhensible sur le papier.

On s’est donc mis à chercher une porte de sortie et il n’y avait pas beaucoup d’options en France. Et j’ai eu la possibilité par un agent, qui est d’ailleurs toujours avec moi aujourd’hui, d’aller au Portugal.

J’ai vraiment tout de suite adoré le pays, que je ne connaissais pas du tout avant d’y arriver. Ça a juste été difficile au niveau de la langue au début, mais j’ai eu la chance qu’il y ait aussi deux autres français avec moi. Et l’avantage au Portugal c’est que les clubs sont assez familiaux. Tu es entouré de personnes sans mauvaises intentions. Et sur le terrain au final que tu sois français, portugais ou anglais ce sont tes qualités qui parlent.

Ton premier exode portugais aura duré 3 ans (6 mois à Beira Mar et 2 ans et demi à Braga) avant de partir découvrir le Championship anglais en prêt à Sheffield Wednesday. On pourrait imaginer ton caractère bien coller avec le foot anglais, mais tu n’y auras au final pas tant joué que ça (une trentaine de matchs sur deux saisons).

Je revenais de blessure à Braga et Sheffield venait d’engager un coach portugais (Carlos Carvalhal) qui était intéressé par mon profil. Jouer en Angleterre, que ce soit en première ou en deuxième division est le rêve de la plupart des footballeurs. Je n’ai pas longtemps réfléchi avant d’accepter.

C’était vraiment une super opportunité, dans un club mythique qui est l’un des plus anciens club du monde (fondé en 1867) et évolue dans un stade spécial (Hillsborough, lieu de la tragédie qui a coûté la vie à 96 supporters de Liverpool en 1989). Et puis en Angleterre tu as beau être en deuxième division et jouer un mardi soir de Ligue des Champions, tu auras quand même plus de 20’000 personnes au stade. C’est vraiment une autre culture et au niveau foot c’est difficile de faire mieux.

Je n’y aurai effectivement pas tant joué que ça au final, une quinzaine de matchs par saison. Je n’avais pas été performant au début et ça a ensuite et difficile d’enchaîner. On avait aussi un super effectif, on a joué les playoffs. J’étais le numéro 3 dans la hiérarchie et comme ça tournait bien le coach ne changeait pas trop. Mais je ne regrette absolument pas. Même sans beaucoup jouer ça aura été deux années incroyables.

Tu reviendras donc une deuxième fois au Portugal pour deux saisons, cette fois à Belenenses, le quatrième club de Lisbonne.

Oui et pour la petite minute culture foot portugais, Belenenses est l’un des cinq seuls clubs à avoir été champions du Portugal, avec Benfica, Porto, le Sporting et Boavista.

Puis vient donc le Servette. Pourquoi Genève et le championnat suisse?

Gérard Bonneau avant lancé les premiers contacts et au début je ne pensais pas vraiment à venir en Suisse pour être honnête. J’étais en fin de contrat et Belenenses me proposait une prolongation, mais j’avais envie d’un nouveau challenge et de découvrir autre chose. J’avais aussi d’autres offres et on a beaucoup discuté avec mes proches.

Mais le Servette est un club à mon image, un club familial et sain. Au final la décision s’est faite rapidement. C’est vrai qu’aujourd’hui c’est un peu plus dur de se projeter à cause du COVID, mais il me reste un an de contrat, on a une belle équipe et je suis heureux ici.

Tu défends tous les jours sur Grejohn Kyei à l’entrainement, qui nous fait une superbe saison. Il t’impressionne?

On savait qu’il fallait juste qu’il soit un peu plus efficace. À l’entrainement il est vraiment fort, ses qualités sont indéniables. Il est plus en confiance cette année, il arrive à bien enchainer. On n’a jamais douté de lui parce qu’on voit ce qu’il produit tous les jours.

La confiance joue un grand rôle chez les attaquants. Quand tu fais un ou deux moins bon matchs et que tu es critiqué ça peut vite être dur. Les gens ne voient que les matchs le week-end et oublient parfois qu’on est aussi comme eux. Avec nos doutes, notre temps d’adaptation à un nouvel environnement. Mais là cette année il prouve que c’est un super attaquant, l’un des trois meilleurs du championnat avec N’Samé et Cabral.

Quels sont les attaquants qui t’ont posés le plus difficulté dans ta carrière?

En Suisse j’ai vraiment détesté défendre sur Nuzzolo. Evidemment que N’Samé est très fort, mais si je devais en retenir deux en Suisse ça serait Nuzzolo et Cabral. En Angleterre j’ai joué contre Tammy Abraham (Chelsea) qui était à l’époque en prêt à Bristol City, très fort. Et au Portugal Jackson Martinez lorsqu’il était à Porto était vraiment un monstre. Impressionnant.

Sinon un joueur qui m’avait marqué c’était Bruno Fernandes contre qui j’ai joué lorsqu’il était au Sporting. Il a une telle intelligence de jeu, il voit les choses avant tout le monde. Physiquement il n’est pas très costaud, pas très rapide, mais techniquement il est vraiment au dessus.

Des quatre pays que tu as connu (France, Portugal, Angleterre, Suisse), dans lequel as-tu pris plus de plaisir sur le terrain?

J’ai envie de dire le Portugal, pour plusieurs raisons. J’ai commencé à vraiment vivre tout seul quand je suis parti de Nantes, et la vie est quand même plus agréable au Portugal qu’à Sheffield. Et c’est vrai aussi que ça cherche plus à jouer au Portugal qu’en Championship, même si c’est un championnat qui continue à évoluer dans le sens du jeu. Ça reste quand même très physique, les mecs ne tombent pas au moindre contact. Et les arbitres ne sifflent rien.

D’où vient ton pseudo sur Instagram, @easyinrose ?

Ça date de quand j’avais 13-14 ans, mon époque un peu mec stylé, la vie en rose. Et c’est resté, c’est d’ailleurs encore même mon pseudo sur Playstation. Je joue pas mal à Warzone, je viens d’ailleurs de finir une partie avec Jérémy (Frick) et Yoan (Séverin). On joue pas mal en ce moment.

Tu es un grand fan de rap américain et tes posts sur Instagram montrent souvent une sensibilité concernant certains enjeux sociétaux importants. D’où te vient cette conscience?

Déjà de mon éducation, et de l’environnement dans lequel j’ai grandi. Au delà du foot, si je devais arrêter demain je sais que je pourrais faire autre chose. J’ai beaucoup d’autres centres d’intérêts et de passion.

Et pour la musique j’ai un de mes meilleurs potes qui était fan absolu de Nas et c’est un peu par lui que je me suis intéressé à la musique américaine et à me faire une grosse culture hip-hop. Mais je m’intéresse un peu à tout, je reste assez éclectique, que ce soit aussi dans le cinéma ou dans la lecture.

Je suis un peu moins rap français par contre, alors que j’en écoutais pas mal quand j’étais plus jeune. Par contre je viens de télécharger le nouvel album de Booba, que j’ai toujours suivi. Mais le rap américain me touche beaucoup plus.

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